La monture de Carol Emshwiller

Après avoir remis sur le devant de la scène Richard Cowper avec Le crépuscule de Briareus , les éditions Argyll s’attaquent maintenant à une autre autrice méconnue en France, Carol Emshwiller. Pourtant cette autrice de romans et de nouvelles a reçu le prix World Fantasy Award en 2005 et a remporté le prix Nebula 2002 de la meilleure nouvelle. La monture fut publié en 2003, année où il remporta le prix Philip K.Dick et fut également nominé au Nebula. C’est le premier livre de l’autrice traduit en France.

La Terre a changé, les humains vivent dorénavant sous la domination des Hoots, une race d’extraterrestres herbivores. Les hoots ont des jambes très chétives et ont du mal à se déplacer. Pour remédier à cela, ils ont recours à des humains qui leur servent de montures. Leurs mains et leurs voix sont par contre très puissantes et permettent leur domination sur les humains qu’ils traitent comme des animaux domestiqués. D’ailleurs ils n’hésitent pas à faire preuve de cruauté pour se faire obéir. Néanmoins, les humains ont le confort matériel qu’ils désirent et des récompenses quand ils se comportent bien. On ne sait pas vraiment depuis quand les hoots sont arrivés sur Terre ni d’où ils viennent, ce n’est pas le propos du roman.

L’histoire est racontée principalement par Charley, un jeune homme ayant toujours vécu auprès des Hoots et qui a été choisi pour ses mensurations et ses capacités reproductives afin de devenir la monture du futur chef des hoots. Charley semble heureux de sa vie et s’entend particulièrement bien avec celui qu’il appelle affectueusement « petit maître ». Il n’imagine pas une seconde ce que la vie pourrait lui offrir loin de la domination des hoots, au contraire de sont père qui lui a fait le choix de la liberté loin des extraterrestres, même si cela signifie la pauvreté. Ainsi quand on vient le libérer, il n’accepte qu’à la condition de garder « petit maître » avec lui.

Le récit porte ainsi en lui une profonde réflexion sur notre rapport aux animaux mais aussi aux autres. L’autrice met en scène des rapports de domination et d’interdépendance en inversant les rôles et en mettant les humains dans la peau des animaux. Les humains sont dès lors quasiment réduits en esclavage par les hoots, ils sont perçus comme inférieurs par ces extraterrestres qui se servent d’eux. Les hoots ont compris qu’en offrant aux humains un certain confort qu’ils ne pourraient pas avoir autrement, ils arriveraient à les mater, à obtenir d’eux ce qu’ils voulaient. La liberté devient alors synonyme de danger et presque de régression. Le processus est très finement analysé dans ce roman au travers du destin du jeune Charley qui est tiraillé entre deux idéologies. Le roman ne donne pas de réponses sur quel choix est le plus approprié ou sur quel mode de pensée adopter. Il laisse le choix au lecteur, il est là pour le faire réfléchir, le laisser se dépatouiller dans ses réflexions.

Sous des aspects de conte à l’écriture faussement naïve, La monture cache en fait un roman beaucoup plus subtil qui interroge sur beaucoup de comportements nocifs et sur le désir de liberté. Il faut d’ailleurs souligner la superbe traduction de Patrick Dechesne qui arrive à rendre de manière remarquable cette tournure du texte. On ne peut que saluer l’initiative des éditions Argyll de nous permettre de découvrir ce beau roman et cet autrice.

Autres avis: Lune, Le Syndrome Quickson, L’épaule d’Orion, Tachan,

Acheter ce livre en soutenant les librairies indépendantes et le blog:

En papier

En numérique

Autrice: Carol Emshwiller

Traduction: Patrick Dechesne

Édition: Argyll

Parution: 1er octobre 2021

Charley est un humain, mais Charley est surtout un animal apprivoisé.
Sur une Terre devenue leur monde d’accueil, les Hoots, des extraterrestres herbivores, ont transformé les humains en montures. Charley, jeune garçon sélectionné pour ses mensurations et ses capacités reproductives, est destiné à devenir l’une d’entre elles ; mieux encore, il est entraîné quotidiennement car promis à un futur dirigeant hoot, celui qu’il appelle Petit-Maître.
Cependant, sa rencontre avec Heron, son père libre et réfugié dans les montagnes, va chambouler son être, ses certitudes, sa destinée.

2 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s