Midnight Mass, la foi selon Mike Flanagan

Midnight Mass est la nouvelle série de Mike Flanagan après les excellentes The Haunting of hill house et The haunting of Bly Manor. Le titre français est Sermons de minuit (mais je ne le trouve pas terrible et il a tendance à trop me rappeler une chanson des années 80 alors j’opte pour l’original). Mike Flanagan est à l’origine de la série, au scénario et à la réalisation. Il dit de la série que c’est son projet le plus personnel, le réalisateur ayant été enfant de chœur durant son enfance. Contrairement aux deux précédentes séries, celle-ci n’est pas adaptée de romans. Elle est disponible depuis le 24 septembre sur Netflix et compte 7 épisodes d’une heure environ chacun.

Tout est une question de foi

Fini les fantômes, même en cherchant bien, il n’y en a pas dans Midnight Mass, pas plus que de grande demeure victorienne. Ici, Mike Flanagan questionne notre foi qu’elle soit catholique, musulmane ou autre. Crockett Island est une petite île au large de l’Amérique où vivent environ une centaine de personnes, principalement des pêcheurs et leur famille. Le village est en pleine décrépitude suite à une marée noire et les habitants fuient l’île dès qu’ils le peuvent. Pourtant, c’est là que revient Riley Flynn, trentenaire qui vient de passer 4 ans en prison pour état d’ivresse au volant ayant entraîné la mort d’une jeune fille. Il revient vivre là où il a passé son enfance, dans la maison de ses parents. Son arrivée coïncide avec celle d’un jeune prêtre, le père Paul Hill, remplaçant temporairement John Pruitt, l’ancien officiant, qui est très malade. Ce nouveau venu va redonner un nouveau souffle, en particulier à la petite église Saint-Patrick désertée par ses fidèles, et à Crockett Island d’une manière plus générale.

La série parle principalement de la religion et de la rédemption. Comme dans ses deux précédentes réalisations, Mike Flanagan utilise le fantastique comme toile de fond, pour parler de tout autre chose. La spiritualité est au centre des préoccupations des habitants de l’île, elle prend la forme le plus souvent de longs dialogues, ou monologues. Les différents personnages sont au centre de l’histoire, chacun ayant une histoire, un passé dramatique. Tous sont en questionnements sur leur avenir, le sens de leur vie, et parmi eux certains sont venus essayer de trouver refuge à Crockett Island. Le soin apporté à la création de ces personnages est vraiment à souligner. Tous ont été marquée par la vie, par différents événements qui ont pu ou non ébranlé leur foi et remettre en cause leurs croyances.

La série apparait beaucoup plus intimiste et moins spectaculaire que les précédentes créations du réalisateur. Elle développe une réflexion philosophique sur la foi et ce en quoi nous choisissons tous de croire. La série met aussi en garde contre l’extrémisme religieux et le fanatisme, notamment au travers du personnage de Bev Keane, la fidèle zélée et autoritaire de l’église de St. Patrick qui connait les textes bibliques sur le bout des doigts et s’en sert pour justifier tout et n’importe quoi. Elle fait dire ce qui l’arrange à la bible afin d’absoudre qui elle l’entend. On assiste ainsi à une critique intelligente des effets pervers de la religion quand elle sert les desseins propres.

L’utilisation du surnaturel

La série appartient bien au registre du fantastique, même s’il est difficile d’en dire plus à ce sujet sans dilvugâcher honteusement. Si ce n’est que je trouve formidable l’idée de base et l’utilisation du mythe qui en est faite.

Le réalisateur prend son temps pour installer son ambiance, poser ses personnages, il faut attendre le milieu de la série pour comprendre vraiment de quoi il retourne. Il n’y a jamais rien de vraiment effrayant, tout est dans l’installation d’une ambiance inquiétante et pesante. Il ne faut pas regarder Midnight Mass en espérant avoir peur, ce n’est pas une série d’horreur. Pourtant, l’univers mis en place est dérangeant, avec une atmosphère lugubre et inquiétante. Cette ambiance est encore plus mise en évidence par le lieu où se déroule l’histoire, cette île désertée au fil du temps par ses habitants, qui vit comme coupée du monde et qui instaure un huis-clos oppressant. Elle prend de plus en plus d’importance au fil des épisodes au point de devenir un véritable protagoniste.

Au niveau de la réalisation, Mike Flanagan a opté pour une monté en puissance et en intensité jusqu’à atteindre un pic émotionnel et horrifique dans les deux derniers épisodes. Il prend le temps d’installer son intrigue pour mieux toucher en plein cœur, l’horreur est présente dans ce qui nous est raconté beaucoup plus que dans ce qui est montré. La progression dramatique est vraiment maitrisée, pensée à tous les niveaux avec des passages émouvants et d’autres beaucoup plus durs. C’est mis en scène avec un sens du détail et du suspense qu’on voit rarement.

La série est également servi par un casting exceptionnel. On retrouve des acteurs familiers de Mike Flanagan : Kate Siegel parfaite dans le rôle d’Erin, amour de jeunesse de Riley, Henry Thomas, père de Riley et toujours épatant et juste, Annabeth Gish (vue précédemment dans The haunting of hill house et X Files) interprète avec conviction le docteure Sarah Gunning, Rahul Kohli qui jouait Owen Sharma dans The haunting of Bly Manor change totalement de registre avec le personnage du shérif Hassann, un rôle pas facile. Pour les deux rôles principaux, le réalisateur a choisi deux nouveaux venus dans son univers: Zach Gilford qui interprète un Riley tout en retenue et surtout Hamish Linklater troublant et fascinant dans le rôle du Père Paul. Ce dernier livre une prestation éblouissante, il est à la fois charismatique, troublant, passionné, émouvant et complète merveilleusement un casting déjà épatent.

Midnight Mass est ainsi une nouvelle réussite pour Mike Flanagan qui nous propose un récit horrifique et bouleversant, une histoire qui peut avoir plusieurs niveaux de lecture. La tension monte crescendo, tout comme l’intrigue, les personnages sont formidables et servis par un casting parfait. Une série qui fait réfléchir et véritablement marquante, qui impose Mike Flanagan comme un des meilleurs réalisateurs du genre.

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