Numérique de Marina et Sergueï Diatchenko

L’année dernière, L’Atalante avait frappé fort avec la publication de Vita Nostra des auteurs russes Marina et Sergueï Diatchenko. Le roman a d’ailleurs obtenu le prix Imaginale dans la catégorie meilleur roman étranger traduit en 2020 et le prix planète SF 2020. Vita Nostra était le premier tome d’une trilogie inspirée par les Métamorphoses d’Ovide, une trilogie particulière où chaque tome est indépendant et uniquement relié par la thématique. Numérique est ainsi le second volume de cette série des Métamorphoses.

On retrouve bien des thèmes communs entre les deux romans, et pas mal d’autres similitudes dans l’écriture et la narration. Cependant, Numérique apparait plus abordable que son prédécesseur dans la mesure où il parle de tout ce qui a trait aux nouvelles technologies de notre monde moderne et non plus de magie.

Numérique, c’est l’histoire d’Arsène, un adolescent de quatorze ans, très intelligent et passionné de jeux vidéo, surtout d’un appelé « Bal Royal ». Il y joue un personnage d’une grande importance appelé Ministre, mais ce n’est pas sa seule activité virtuelle, il élève aussi des chiens virtuels qu’il revend par la suite, ce qui lui fait gagner pas mal d’argent. Arsène est un vrai hardcore gamer au point de ne plus aller à l’école depuis des mois sans que ses parents ne s’en aperçoivent. Puis, un jour, ses parents découvrant la vérité et voulant sortir leur fils de la dépendance informatique, lui enlèvent son ordinateur. Arsène s’enfuit, trouve refuge dans un cybercafé où il rencontre un homme plutôt mystérieux appelé Maxime. Ce dernier lui propose de postuler pour un job de rêve dans son entreprise, Les Nouveaux Jouets dirigée par Maxime, une entreprise uniquement dédiée à l’informatique et aux jeux vidéo nouvelle génération. Arsène est comblé, il découvre un monde nouveau où ses capacités seront plus que nécessaires pour comprendre ce qui lui arrive.

Arsène apparait très vite comme un adolescent complétement addict à tout ce qui est virtuel et n’ayant quasiment aucune vie sociale. Il n’accorde d’importance qu’à ce qu’il vit en tant que Ministre, à tous ses plans machiavéliques pour acquérir du pouvoir. Ses capacités numériques vont le faire remarquer de Maxime, un personnage très intriguant et très réussi. Cependant, Arsène n’est pas le seul à être dépendant à tout ce qui a trait aux nouvelles technologies. Sa mère passe des heures sur des blogs, à communiquer avec des personnes qu’elle ne connait que virtuellement et ainsi vivre une autre vie virtuelle, et son père passe des heures devant la télévision à regarder les informations venues du monde entier. Chacun a ses addictions qui passent pratiquement avant le reste, avant les découvertes réelles. Les auteurs se questionnent ainsi sur notre dépendance à tout ce qui est virtuel et pas seulement aux jeux vidéo. Les profils des trois personnages présentés sont différents, mais suffisamment pour qu’on se reconnaisse un peu dans chacun. C’est fait avec finesse et intelligence, de manière à ce qu’on se questionne, sans vraiment juger ou avoir une représentation manichéenne du numérique. Le virtuel permet à Arsène et sa mère de vivre une autre vie, d’être quelqu’un de différent, de puissant, ce qu’ils ne pourraient pas faire « vraiment ».

On retrouve des parallèles dans la construction de Numérique et de Vita Nostra. Arsène et Sacha sont différents des autres, ce qui les fait rencontrer un mentor qui va leur faire découvrir un monde qu’ils ne soupçonnaient pas, mais qui va aussi les faire changer. Arsène va évoluer au contact de Maxime, il va murir, comprendre mieux le monde qui l’entoure. Les auteurs manipulent leurs personnages, mais aussi le lecteur : tous se questionnent sans cesse sur ce qui se passe, sur ce qui est réel ou ne l’est pas. La frontière entre le monde réel et le virtuel se brouille, on s’interroge tout au long du roman, on trouve des réponses qui ne sont peut-être pas vraiment les bonnes. Les personnages évoluent au fil de l’histoire, que ce soit Arsène ou les personnages secondaires. C’est brillamment construit et écrit, solide de bout en bout. On est happé par ce récit, par ses personnages, ses thématiques, ses différentes intrigues imbriquées.

Numérique est ainsi un roman à la fois proche et différent de Vita Nostra. Les deux sont de parfaites réussites, des romans dont on se souvient longtemps une fois terminés, qu’on dévore, et qui provoquent de forts questionnements. Les deux auteurs proposent une réflexion philosophique et sociale sur la place du numérique et du virtuel dans notre vie, avec un style d’une fluidité extraordinaire, tout en manipulant leurs lecteurs qui en redemandent.

Autres avis: Ombrebones, Just a word,

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En papier

En numérique

Auteurs: Marina et Sergueï Diatchenko

Traducteur: Denis E. Savine

Éditions: L’Atalante

Parution: 27 mai 2021

Vita nostra brevis est, brevi finietur…

« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »



Testeur de jeux vidéo d’une nouvelle génération ? Une aubaine pour Arsène, ce gamer surdoué d’à peine quinze ans. Mais, ce job en or, il n’est pas le seul à y postuler et la compétition sera rude.

Tout cela pour le compte de l’insaisissable Maxime, dont les desseins sont ambigus. Pur charlatan ? Aimable manipulateur ? Visionnaire d’un monde virtuel à venir ? Ou plus déconcertant encore ? « Je transfigure le matériel en immatériel et inversement. »

Entre désir et réalité, demi-vérités et faux-semblants, entre virtuel et réel, Arsène apprend à naviguer d’un monde à l’autre, là où les frontières s’estompent. Mais pour aller où ? L’enjeu est rien moins qu’innocent.

Le sombre et le dérangeant côtoient l’émerveillement devant les potentialités du monde, qu’il soit réel ou virtuel. Ce roman de formation, par son côté dystopique, parfois cynique et désabusé, n’est pas sans rappeler le Neuromancien de William Gibson, certains textes fantastiques de Stephen King et, bien sûr, le film Matrix, qui a popularisé la confrontation du réel et du virtuel dans le monde d’aujourd’hui.

Numérique est le deuxième roman du triptyque que Les Métamorphoses d’Ovide ont inspiré aux auteurs ukrainiens Marina et Sergueï Diatchenko.

13 commentaires

  1. Chouette ça fait envie. Je vais peut-être relire Vita Nostra avant. Même si c’est pas nécessaire je l’avais lu un peu vite l’an dernier et j’aurais bien besoin de reprendre calmement.

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