Mort™ de Jean Baret

Il était une fois un pauvre étudiant qui se retrouva fort marri quand l’interrogation fut venue. Il n’avait point assez révisé, enfin point assez et avait passé la soirée de la veille de manière un peu arrosée (ce qui est un léger euphémisme). Le sujet tenait en peu de mots : comment définir le sens de la vie? Vous avez 3 heures et pour vous aider, vous avez à disposition les écrits de Jean Baret, à savoir la trilogie « Trademark » publiée par les éditions le Bélial’ : Bonheur™, Vie™ et Mort™.

Fort heureusement pour lui, sur le sujet figurait une brève biographie de ce fameux Jean Baret dont il ne se rappelait pas avoir entendu parler auparavant. Ce dernier exerçait la profession douteuse d’avocat, était culturiste et pas cultiste, mais aussi nihiliste. Tout un programme! La suite parlait d’anticipation sociale, de cri d’alerte, de satire, de déliquescences et autre mots barbares. L’auteur était comparé à Chuck Palahniuk, Philip K. Dick et Warren Ellis. Autant de noms qui sonnaient étrangement aux oreilles de ce pauvre étudiant qui rigola bêtement à la lecture du second.

Mais trois heures, cela passait vite, très vite et il fallait s’y mettre. Il réfléchit longuement puis se mit à écrire, écrire, ne s’arrêta pas pendant les deux heures et demi qu’il lui restait. Les mots coulaient tout seuls, comme une rivière allant de son cerveau à sa main, remplissant le blanc de la copie par du noir, couleur de son stylo mais aussi de la Mort™. Il se promit que s’il arrivait à finir dans les temps, il lirait ces fameux ouvrages signés du prophète Jean Baret, cette trilogie dont chacun des tomes est indépendant. Il fallait qu’il sache de quoi ils parlaient, qu’il comprenne le cultisme et l’annihilismation!

Ainsi juste après son examen, il passa à la librairie la plus proche et en sortit avec trois romans. Les couvertures étaient belles, les livres point trop épais. Il voulut commencer le premier mais une invitation à une fête l’en empêcha, il mit le roman de côté se promettant de le lire à son retour. Ce qu’il ne fit pas. Pas plus que le lendemain, ni le surlendemain. Pourtant, un miracle se produisit peu de temps après. On lui rendit sa copie avec la note parfaite de 20! Il devait lire ces livres et diffuser la parole du prophète! Il le fallait absolument! Il s’y attela le soir même, refusant de se rendre à une fête, il lut toute la nuit et une partie du lendemain encore. Quelle claque il prit avec Bonheur™, puis à nouveau avec Vie™ qui lui retourna le cerveau un peu comme si l’auteur avec tous ses muscles lui avait asséné une magistrale gifle. Puis vint la lecture du troisième opus au nom logique de Mort™ qui cette fois abordait la question épineuse des religions. Et là, il prit un direct du droit dans la face en réalisant que les 3 romans se situaient dans le même univers et se déroulaient dans des zones d’un même monde, qui serait divisé en 3 secteurs bien distincts les uns des autres. Cette fois-ci, l’auteur y suivait 3 personnages qui se retrouvaient liés par l’apparition de la M-théorie, impactant leur quotidien bien qu’ils ignorent totalement de quoi il s’agisse exactement.

Il continua avidement sa lecture, découvrant la vie de Xiaomi à Mande-Ville, cité découverte dans Bonheur™, puis celle du citoyen DN4n93xw, alias Donald Trompe, à Algoripolis cité découverte dans Vie™, puis de Rasmiyah, citoyenne de Babel, dont les quartiers sont affiliés à des religions bien définies. Cette dernière intrigua particulièrement notre jeune étudiant car elle était « chaos magicienne », ce qui voulait dire qu’elle pouvait changer de religion au gré de ses envies, et prier pour le moment Glycon, le dieu serpent, tout en habitant le quartier musulman.

Il fut particulièrement saisi par cette mise en abîmes des trois zones dont le point commun est d’être guidées par un précepte auquel ses habitants obéissent aveuglément, et surtout sans se poser aucune question. Tous sont persuadés de vivre dans le meilleur des endroits, qu’ils ne quitteraient pour rien au monde. Il faut consommer, se connecter et prier selon l’endroit où on habite, et quitter ce chemin peut s’avérer très dangereux surtout pour les citoyens qui en ont quelque chose à foutre. Notre jeune étudiant se fit la réflexion que ce troisième tome avait des airs de déjà lu et qu’il aurait aimé en savoir plus sur la vie à Babel, car après tout Rasmiyah n’était pas vraiment représentative de cette cité. Il se dit aussi que tout cela était un peu trop répétitif parfois. Mais que toutefois ce tome recelait de bonnes idées dans la critique des travers de nos sociétés, poussés à l’extrême: L’ultra consommation pour les libéraux de Mande-Ville, la religion pour Babel et les algorithmes garantissant l’égalité de tous aboutissant au fascisme de Algoripolis.

Il se fit toutes ces réflexions, y pensa encore et encore, se dit qu’il était vraiment heureux d’avoir lu cette trilogie, que ce dernier tome Mort™ était une dystopie marquante où l’on pouvait comparer trois formes de systèmes sociétaux. Puis, il se dit que finalement il ne voulait pas passer pour un étudiant qui en avait vraiment quelque chose à foutre et se rendit à une nouvelle fête.

Autres avis: Dionysos, Yuyine, le chroniqueur qui chronique, Gromovar, Le Chien critique, touchez mon blog,

Acheter ce livre en soutenant les librairies indépendantes et le blog: (et aussi ce jeune étudiant pour ses fêtes):

Papier

Numérique

Auteur: Jean Baret

Édition: Le Bélial’

Parution: 30/09/2021

Rasmiyah vit à Babel. Bien qu’elle réside dans un quartier musulman, c’est une chaos magicienne. Enseignante de profession, elle vénère le dieu serpent Glycon et organise sa vie en fonction du grimoire fondateur de sa religion, le Moon and Serpent Bumper Book of Magic. De l’autre côté de la Bordure, à Mande-Ville, Xiaomi est journaliste. Et gonzo, avec ça. Ses enquêtes génèrent du clic comme s’il en pleuvait — de la consommation en bonne et due forme, bien entendu, mais il ne faudrait pas le prendre pour quelqu’un qui en a quelque chose à foutre. Quant à Donald Trompe, citoyen DN4n93xw dans la zone d’Algoripolis, il partage son quotidien sous l’égide de l’Indominux Lex, loué soit-Il, entre temps d’amour, d’amitié, de loisir et de travail — travail qui consiste à agencer des lettres flottant dans l’espace virtuel de son cube de vie. Ces trois-là ne se connaissent pas. Et pourtant, la M-Théorie va bouleverser leur vie à tous. Et peut-être même bien au-delà…

12 commentaires

  1. je relirai avec grand plaisir ton article que je trouve génial. En revanche, je ne suis toujours pas tentée par cette série de romans. Et je ne peux guère dire la raison, sans doute est-ce trop loin de mes goûts.

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