Ormeshadow de Priya Sharma

Ormeshadow de Priya Sharma est la parution numéro 29 de la collection Une Heure Lumière des éditions Le Bélial’. Cette collection est dédiée aux romans courts. Il fait partie des textes les plus longs de la série avec ses 170 pages. La novella a remporté à la fois le Shirley Jackson Award 2020 de la meilleure novella et le British Fantasy Award 2020 dans la même catégorie. La couverture est toujours signée Aurélien Police qui livre une de ses plus belles réalisations avec ce livre.

Ormeshadow est un roman sombre, triste et terriblement réaliste mais également subtil, intelligent et très bien écrit. Nous sommes en Angleterre à l’ère victorienne mais pas dans l’Angleterre des palais ou des grandes villes, plutôt dans l’Angleterre profondément rurale. Les Belman, parents de Gideon, se voient obligés de quitter la cité de Bath suite à la perte d’emploi du père. Ils vont dans la vallée d’Ormeshadow où se situe la ferme familiale d’Ormesleep. Le père de Gideon avait quitté la ferme pour travailler en ville mais est contraint d’y retourner pour gagner sa vie. Son oncle Thomas, sa femme Maud et ses enfants vivent dans la ferme, Thomas étant un véritable tyran domestique, dirigeant la ferme avec rigidité et haine pour tout ce qui est éducation, école et travail intellectuel. Gideon vit très mal le fait de quitter la ville et la civilisation pour la pauvreté et la haine. Son seul échappatoire est les histoires que lui raconte son père sur Ormeshadow, dont le nom vient du vieil anglais orme qui signifie dragon. La ville a été construite au pied d’un massif rocheux en apparence mais d’après les légendes, ce massif serait un dragon endormi et comme tout dragon il garderait un trésor.

Le récit suit Gideon de son enfance à son adolescence, dans cette ferme où il subit ce qui lui arrive plus qu’autre chose. Priya Sharma dresse un portrait dur et cruel de cette ville de campagne, de cette ferme où seul l’oncle Thomas a droit à la parole. Gideon apparait comme le seul personnage réellement différent, presque trop naïf, bercé par les histoires de son père, par ses rêves, loin des autres, malmenés par la vie ou délibérément mauvais. Les différents portraits brossés par l’autrice sont terriblement crédibles et réalistes, on imagine sans soucis tous ces personnages vivant dans cette Angleterre profondément rurale. Le ton du roman est sombre, les personnages cruels, tristes, pris au piège de la routine et de la médiocrité. A l’opposé, comme un rêve sommeille en Gideon l’ombre du dragon, ses légendes qui sont liées à la ville et à sa famille. Ses légendes sont fascinantes pour Gideon mais aussi pour le lecteur, elles sont la touche de lumière au milieu de la noirceur, la seule chose qui fait tenir Gideon. On pense bien entendu à Griaule étendant son influence sur la région où il repose. Le dragon d’Ormeshadow a presque autant d’impact sur la ville et ses habitants.

La véritable force de ce court roman est sa peinture terriblement juste de la nature humaine qui prend le lecteur à corps pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin. L’histoire nous marque, nous touche. On s’imagine très bien comme Gideon, cherchant refuge au pied de la colline, dans l’ombre du dragon, loin de la cruauté du monde. Les images sont évocatrices, la plume imagée et élégante, le texte dense mais accessible à tous par son aspect naturaliste.

Ormeshadow est un livre qui m’a bouleversée. Il fait partie pour moi des plus belles réussites de cette collection, offrant un récit tout en subtilités. Il parle de la puissance de l’imaginaire, des légendes comme palliatif à la dureté de la vie. Un récit, sombre, intense, réaliste, immersif et touchant.

Autres avis: L’épaule d’Orion, Elbakin, Yuyine,

L’acheter chez un libraire (sans aucun frais supplémentaire):

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Autrice: Priya Sharma

Traductrice: Anne-Sylvie Homassel

Édition: Le Bélial’

Parution : 8 avril 2021

Ère victorienne. Angleterre.
Les temps sont durs, et les revers de fortune légion. Ainsi en est-il pour Clare et John Belman, contraints de quitter Bath, sa modernité et ses milieux culturels sophistiqués, pour l’antique ferme familiale d’Ormesleep, dans la région d’Orme­shadow. Au regard de Gideon, leur fils unique, c’est le pire des déracinements. D’autant qu’Ormesleep est le domaine de Thomas, son oncle paternel, figure tyrannique implacable, personnage aigre et brutal. Dans ce nouveau contexte dépourvu d’horizon, alors que les adultes nouent leur propre drame mortel, les fabuleux récits narrés par son père à propos des environs constituent l’unique échappatoire de Gideon. Des récits qui font écho à une légende familiale tenace au sujet d’un dragon endormi sous la falaise, dragon dont l’un des membres de la famille Belman, génération après génération, aurait la garde… À l’heure où son univers s’écroule, quand fantasme et réalité s’entrechoquent, le chemin qui fera du jeune Gideon un homme s’annonce des plus périlleux.

Cette chronique fait partie du projet Ombre

22 commentaires

  1. Ça a vraiment l’air magnifique, comme si on était dans les coulisses terriblement sombre de la création de ses univers de Fantasy à l’ancienne qu’on aime tant.
    Ça me rappelle du Pullman, du Tolkien ou du DelTorro. Il me tarde de le lire !

    Aimé par 2 personnes

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