Les tambours du dieu noir de P.Djèli Clark

Ce petit livre doté d’une belle couverture est en fait un recueil de deux nouvelles de l’auteur américain P. Djèlí Clark : Les Tambours du dieu noir et L’étrange affaire du Djinn du Caire. Ces deux textes datent de 2018 et 2016, ne se déroulent (visiblement) pas dans le même univers mais ont en commun d’être des uchronies. Les nouvelles ont été traduites par Mathilde Montier et on peut souligner son travail surtout sur la première. Ce livre a été l’occasion de faire une lecture commune avec Aelinel et ce fut un grand plaisir!

Les Tambours du dieu noir:

Nous sommes en Louisiane, en 1880, mais pas celle que nous connaissons dans les livres. Celle de ce texte est assez différente, les combats de la guerre de Sécession ne sont pas finis, La Nouvelle-Orléans est une ville libre, les dieux africains existent bel et bien, et Haïti, auparavant sous l’emprise napoléonienne, vient d’être libérée même si cela a eu pour conséquence de détraquer le temps dans toute la zone. Une ville qui ressemble par certains côtés à celle que l’on connait et par d’autres non. Dans cette ville, Jacqueline « LaVrille », jeune adolescente, survit en volant, vendant des informations entendues dans la rue et grâce à la protection de la tenancière d’un bordel réputé. Elle apprend par hasard que les Confédérés toujours présents en Louisiane veulent s’emparer des Tambours du Dieu Noir, l’arme qui a permis la libération d’Haïti. Elle va alors s’allier à la capitaine, une pirate à bord d’un dirigeable, pour empêcher les Confédérés d’arriver à leurs fins.

L’histoire en elle-même est assez classique mais on ne s’ennuie pas une seconde. C’est rythmé, plein d’aventures, de situations pittoresques. L’univers est très développé et mélange magie, technologie et croyances venues d’Afrique. Mention spéciale à la traductrice qui n’a pas eu la tache simple pour certains personnages comme la capitaine qui parle en créole. Son langage est un langage parlé et retranscrit phonétique. Ce n’est pas évident à comprendre au début et puis on s’y fait. Néanmoins, cette manière de parler retranscrit très bien le contexte et permet au lecteur de mieux s’immerger dans cette Nouvelle-Orléans. L’histoire est racontée par Jacqueline, qui a aussi sa manière particulière de s’exprimer, ce qui permet de voir les événements par ses yeux.

L’Étrange Affaire du djinn du Caire:

on voyage à nouveau, direction cette fois Le Caire en 1912. L’univers semble différent et la narration l’est également avec un style beaucoup plus traditionnel. On est à nouveau dans une uchronie où l’Égypte est un pays de premier rang, en grande partie par le rôle joué par les djinns dont l’existence est connue, et grâce à une technologie de pointe avec une horlogerie très avancée. La nouvelle suit l’enquêtrice du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, Fatma el-Sha’arawi. Cette dernière doit enquêter sur la mort d’un djinn, une enquête pas évidente au départ et qui va nous donner un bel aperçu de cet univers qui promet beaucoup. Le folklore lié au Caire est très bien utilisé, on prend plaisir à suivre Fatma dans cette ville. La fin de la nouvelle a des petits côtés lovecraftiens sans que cela ne soit trop poussé non plus. Le personnage de Fatma est lui aussi très prometteur et on a envie de la retrouver. C’est un personnage féminin fort comme on aime en découvrir.

Les deux textes, bien que se déroulant dans des pays et mondes différents, ont pas mal de points communs: des héroïnes fortes et indépendantes qui luttent contre des complots avec du surnaturel. Elles évoluent toutes deux dans des mondes différents du notre, des uchronies où des villes ne sont plus sous la domination blanche, la magie et la technologie ont une grande place dans les deux histoires. Dans les deux univers, les uchronies ont chacune des points de rupture établis. Ce sont également des univers originaux et au contexte non européens: la Louisiane pour un et L’Égypte pour le second. Cela permet de mettre en avant des cultures différentes et des légendes que l’on rencontre assez peu.

Les Tambours du dieu noir est ainsi un recueil de deux nouvelles de P. Djèlí Clark se déroulant dans des mondes atypiques mais présentant des points communs. Les univers développés par l’auteur sont un savoureux mélange de magie, de surnaturel et de technologie. Les deux textes présentent des personnages féminins forts et indépendants offrant modernité à ces deux nouvelles. On a très envie de retourner dans ces deux univers et de retrouver ces protagonistes.

Autres avis: Le chroniqueur, Lutin (nouvelle 2), Lutin 82 (nouvelle 1), Apophis (nouvelle 2), Le culte d’Apophis (nouvelle 1 ), Ombrebones, Un bouquin sinon rien, Outrelivres, Aelinel,

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En papier

En numérique

Auteur: Phenderson Djèlí Clark

Traductrice: Mathilde Montier

Éditions: L’Atalante

Parution:15 avril 2021

Bienvenue dans la première publication française d’un nouveau maître de l’uchronie et du surnaturel. Bienvenue dans les mondes mirifiques criants de réalisme, foisonnants de couleurs, de sons et de parfums, de Phenderson Djèlí Clark.

Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises. Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.

Le Caire. 1912. Depuis une cinquantaine d’années, les djinns vivent parmi les hommes et, grâce à leur génie mécanique, l’Égypte nouvelle s’est imposée parmi les puissants. Ce qui ne va pas sans complications… Pour preuve l’étrange affaire du djinn du Caire, que se voit confier Fatma el-Sha’arawi – agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles – quand un djinn majeur est retrouvé mort. Suicide ? Trop évident. C’est une machination diabolique que Fatma va mettre au jour.

Cette chronique fait partie du projet Ombre

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