Et si on faisait connaissance avec les éditions Argyll?

Les éditions Argyll sont toutes jeunes, leurs premiers titres vont paraitre en mars. Il s’agit de Trackés de Christophe Nicolas, un roman policier et de Le Crépuscule de Briareus de Richard Cowper, récit de science-fiction. La devise de Argyll est: l’édition autrement. Derrière les éditions Argyl se cachent 4 associés : Simon Pinel et Xavier Dollo, qui officient en tant qu’éditeurs ; Xavier Collette, responsable de toute la partie graphique et Frédéric Hugot, spécialiste de la fabrication de livres numériques. Argyll a vocation à publier de « l’imaginaire, mais également du polars et des romans historiques, dans lesquels la place des différentes questions sociales sera essentielle ». Simon Pinel a officié pendant plus de 10 ans au sein des éditions Critic. Xavier Dollo a été libraire de longues années mais également auteur dans l’imaginaire. Xavier Collette a illustré de nombreux jeux et romans. Si la devise d’Argyll est l’édition autrement, c’est parce qu’ils désirent s’engager vers une édition plus équitable qui rééquilibre les relations entre les différents acteurs de la chaine du livre. Argyll se définit comme : « écologique, éthique, égalitaire, sociale, horizontale, solidaire, coopérative, participative. » Le nom Argyll a plusieurs origines: il est lié à Theodore Sturgeon, à une région d’Écosse, et au matériau utilisé en construction.

Où les trouver:

Afin de mieux les connaitre encore, nous leur avons posé quelques questions. Je remercie encore Xavier Dollo pour sa gentillesse et sa disponibilité.

  • Pouvez-vous nous présenter plus en détail les éditions Argyll ? Son projet et ses divers participants ?

            Xavier Dollo : Tout d’abord merci à Au pays des Cave Trolls de nous donner cette tribune. Nous sommes ravis de pouvoir parler ici de notre projet d’édition. Nous sommes quatre associés dans un projet plus vaste, qui comprend également un projet de librairie et d’incubateur de projets autour du livre. Il y a moi, bien sûr, mais aussi Simon Pinel (ancien directeur d’édition chez Critic), Xavier Collette (dessinateur bien connu des amateurs d’imaginaire) et Frédéric Hugot, spécialiste des questions numériques et notamment de la création de livres numériques. Notre maison se veut spécialisée dans les littératures de l’imaginaire, bien sûr, mais ne dédaigne pas non plus le polar et le roman historique. Ce qui fait notre ligne éditoriale est simple : des livres qui repensent le(s) monde(s) tout en proposant des histoires prenantes. Ainsi, des histoires emballantes, bien construites et écrites, qui n’oublieront pas dans leur trame un background social/sociétal auront toutes les chances de nous séduire. Notre entreprise fonctionnera selon les principes de l’économie sociale et solidaire, et a vocation a devenir une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Ainsi nous voulons faire d’Argyll une société ouverte, qui intégrera des salariés, mais aussi des contributeurs (il sera possible d’acheter des parts sociales) qui souhaiteront, notamment, développer avec nous les intérêts collectifs sur le territoire régional, voire national dans certains cas en ce qui concerne des développements envisagés pour notre filière du livre. Nous avons donc mis en œuvre un vaste chantier où la somme des participants fera la qualité de l’ensemble de l’entreprise. Nous souhaitons faire d’Argyll un outil profitable aux acteurs du territoire breton qui voudront nous suivre dans cette aventure – et ils sont déjà un certain nombre, qu’ils soient libraires, éditeurs ou futurs éditeurs, collectivités, établissements scolaires, etc. Beaucoup de projets sont déjà lancés ou en gestation.

  • Le choix de rééditer un roman écrit en 1976 (Le crépuscule de Briareus) pour une première publication semble étonnant, pouvez vous nous en dire plus ? C’est un roman que je trouve très actuel dans ses thématiques et qui m’a fait penser au début à Spin de Robert Charles Wilson.

Xavier Dollo : Avec Simon, nous avons pris l’habitude de nous planter devant la bibliothèque de l’un ou de l’autre et de rêver tout haut. Que le livre dont on parle ait été publié en 1976 ou hier, s’il nous a enflammés à un moment ou à un autre, on se lance obligatoirement dans des discussions échevelées et passionnées. Il se trouve que les livres de Richard Cowper s’insèrent dans ce processus. J’ai lu cet auteur pour la première fois il y a bien longtemps déjà et, un jour comme ceux que j’ai décrits, je me suis mis à parler de Cowper à Simon. Ni une ni deux, il m’a embarqué mon exemplaire du Crépuscule de Briareus et l’a dévoré dans la foulée. Nous nous enflammons mais ne sommes pas toujours d’accord, loin de là. Pour Briareus, nous avons aussitôt été raccord sur les qualités du livre. Son écriture, son humanisme suintant de chaque phrase, chaque mot, et sa modernité, comme tu le notes, encore très forte. Bien sûr que le roman a son âge, c’est une évidence. Mais son propos, son impact, sont toujours aussi puissants car les valeurs que l’histoire véhicule sont universelles, et j’allais dire encore plus dans une période un peu sombre comme la nôtre. Le crépuscule de Briareus nous apporte son prisme venu des années 70, avec ses failles, mais parvient malgré tout, et avec subtilité, à nous prouver que les décennies passent et que l’humain se pose toujours les mêmes fondamentales questions. Qui seront nous demain ? Où seront nous ? Quelle place laissons nous à nos enfants si jamais on leur en laisse une ? Pourquoi continuer coûte que coûte ? Peut-être, justement, pour enfin trouver la lumière de Briareus, pas uniquement celle, destructrice, comme au début du roman… Nous aimons aussi Robert Charles Wilson, et je comprends tout à fait ce rapport que tu perçois entre Spin et Le crépuscule de Briareus. La lumière vient des mots des gens qui hantent les pages… et de cette confrontation de chaque instant avec l’inconnu et son vertige.

  • Pouvez-vous nous présenter les titres qui doivent paraitre en Mars ? et nous parler des futures parutions ?

Xavier Dollo : Eh bien, je continue donc avec Le Crépuscule de Briareus de Richard Cowper puisque je suis lancé. Il s’agit d’une anticipation à l’anglaise, dans la lignée de Wyndham, Aldiss ou Ballard, qui nous raconte comment une étoile, Briareus, en explosant, impacte la vie sur Terre, son écosystème, envoyant l’humanité vers une nouvelle ère glaciaire. L’impact n’est pas qu’écologique, il est donc également politique, sociétal. Le monde que l’on connaît – ou tout du moins que connaissait Cowper – s’effondre petit à petit. Qui plus est, les hommes deviennent stériles, mettant ainsi le devenir de l’humanité en danger, un peu comme le montra aussi deux décennies plus tard le roman de P.D James, Les fils de l’homme. Dans ce contexte, nous suivons un homme, un professeur, dont le destin déjà fragile va être encore plus perturbé par l’émergence en lui d’étonnantes capacités. Je n’en dis pas plus. Ce roman est une excellente porte d’entrée vers les univers de Cowper, duquel nous rééditerons l’an prochain la célèbre trilogie L’oiseau blanc de la fraternité, de la fantasy post-apocalyptique. Toujours est-il que, pour cette réédition du Crépuscule de Briareus, nous avons fait appel à Pierre-Paul Durastanti, qui a intégralement révisé la traduction de Claude Saunier, et nous avons également ajouté un paratexte important, qui comprend deux articles de Christopher Priest sur Cowper et une longue interview que Cowper avait donné à l’auteur anglais David Wingrove pour son fanzine Vector. Une pièce rare, qui permet d’en apprendre plus la démarche littéraire de Richard Cowper.

En parution simultanée, nous proposons un thriller avec un fond d’anticipation : Trackés, de Christophe Nicolas. Sur fond politique (GAFAM, violences policières), le roman propose une intrigue qui monte en intensité au fur et à mesure des pages. Nous sommes très heureux de publier le roman de Christophe, un auteur que nous appréciions déjà depuis longtemps, avec des romans comme Projet Harmonie (ed. Du Riez) que nous reprenons en numérique, ou encore Le Camp (Fleuve), qui avait bien marqué les lecteur·ices par son approche de mélange des genres, couplée à un style chirurgical vraiment maîtrisé. Trackés ne déroge pas à cela. Le roman est d’une efficacité redoutable. Bonus, les amateurs de séries telles que Person of interest (que l’auteur n’a d’ailleurs pas vu) pourront  trouver quelques motifs à plaisirs supplémentaires. Là encore, je n’en dis pas plus et vous laisse savourer ce cocktail plutôt explosif.

  • Est-ce qu’il y aura une grosse part d’auteurs francophones ou plutôt des étrangers ? Et souhaitez vous mettre en avant un genre en particulier des littératures de l’imaginaire ?

Xavier Dollo : Concernant les auteur·ices : nous voulons équilibrer entre francophones et étrangers. Nous aimerions aussi pouvoir équilibrer entre autrices et auteurs, ce qui n’est pas le cas pour le moment, hélas (avec cette année la seule Carol Emshwiller). D’une part car nous avons échoué à obtenir les droits d’autrices que nous souhaitions pour notre lancement, d’autre par car certains manuscrits sont encore en cours d’écriture ou de négociations. Nous commençons également à en recevoir et avons déjà repéré quelques textes intéressants. Cet équilibre viendra donc au fil du temps, du moins nous l’appelons de nos vœux. Concernant les genres ou sous-genres, non, pas de prédilection, tant qu’ils respectent nos critères de fond.

  • Le contexte actuel n’est pas vraiment simple. Comment envisagez-vous de développer Argyll ?

Xavier Dollo  : C’est vrai que le contexte sanitaire, en apparence, ne nous favorise pas. Il est vrai aussi que le livre est un refuge qu’ont trouvé beaucoup de personnes pendant cette période où l’on nous empêche plus ou moins de vivre normalement (si tant est qu’il y ait des normes). À chacun, donc, de se trouver des « extérieurs », et la fiction est logiquement un moyen parfait pour une respiration hors des masques et des angoisses quotidiennes. Le moment n’est pas parfait pour se lancer, certes, mais il n’est pas non plus si dangereux. La période est propice aux changements de paradigmes, aux nouvelles réflexions et aux désirs de réenchantements sociétaux. C’est dans ce cadre qu’un projet comme le nôtre peut trouver sa place. Autour de moi, de nombreuses personnes quittent leur emploi pour essayer de se ressembler réellement. Cela peut paraître surprenant mais, en fin de comptes, pas tant que cela : on passe notre vie à jouer le rôle d’un autre, c’est souvent la loi du « travail » et du costume qu’il nous demande d’enfiler ; le costume d’un autre qui n’est pas forcément, loin de là, celui que l’on retrouve chez soi, ensuite, dans sa vie familiale ou amicale. Beaucoup de gens se sont retrouvé chez eux face à leurs questionnements et leurs envies de mieux contrôler leur vie, leur environnement et leurs passions, beaucoup en ont pris acte, et beaucoup ont pris le parti d’agir. D’agir sur leur vie je veux dire. Je fais, et mes camarades aussi, sans doute partie de ces gens-là. Alors, quand vous demandez comment nous envisageons de développer Argyll, la réponse est simple : en adoptant les nouvelles lignes de conduite, plus proches de ce qui nous ressemble, que nous avons définies, en construisant, voire, on l’espère, en co/construisant, ce qui n’a été que trop partiel à mon goût dans la plupart de mes expériences professionnelles précédentes. Qui plus est, je me suis rendu compte que j’adorais construire avec les autres (plutôt que seul ou via une cellule de travail isolée) dans une perspective qui dépasse largement les enjeux d’un travail salarié. Je pense que mes camarades d’Argyll ont développé ce même genre de réflexion, chacun à son échelle. Ce n’est pas un choix politique comme j’ai pu l’entendre – la politique n’est qu’un maillon de la chaîne, un maillon que nous aimons discuter et interroger – , ni une posture – comme j’ai pu le lire –, c’est un choix humain avant tout. Et il nous ressemble. Voilà.

  • Est-ce qu’on pourra vous rencontrer lors de salons ou manifestations ?

Xavier Dollo  : À l’heure actuelle, difficile à dire. Les Imaginales ont disparu de notre horizon du mois de mai. Gros coup dur pour les équipes spinaliennes, même si c’est pour rebondir au mieux, on l’espère, au mois d’octobre. Nous avons quelques projets avec un festival rennais, mais rien de formalisé pour le moment. On croise les doigts pour que cela puisse se faire. On espère être de la fête ImaJn’Ère à Angers… nous avons des contacts avec divers autres festivals. Christophe Nicolas est déjà invité à quelques salons… Pourtant, tout est flou, rien n’est sûr. Nous préférons donc, pour le moment, ne rien annoncer de définitif.

  • Avez-vous des projets en parallèle d’Argyll ?

Xavier Dollo : Le montage du projet est déjà très lourd en soi, car si la maison d’édition est sur les rails, la librairie et l’incubateur doivent encore peaufiner leur fonction et surtout trouver un home sweet home. Nous avons des visions communes avec de nombreux acteurs locaux (Goater éditions – qui commence à avoir un superbe catalogue SF, je dis ça je ne dis rien – ou encore la librairie rennaise collaborative L’Établi des mots, mais aussi diverses collectivités et Livre et Lecture en Bretagne dont le soutien nous est infiniment précieux), liées à l’incubateur. Mais si vous parliez des projets plus personnels, je sais que du côté de mes associés se préparent pas mal de choses. Je pense particulièrement à Xavier Collette qui devrait lancer quelque chose autour de ses désormais célèbres « champidragons », et à Frédéric Hugot qui s’investit énormément dans le développement des livres numériques à destination des malvoyants ou non-voyants, mais aussi à destination des « dys ». Quant à moi, je prépare avec Djibril Morissette-Phan de nouvelles pages pour l’édition américaine de la BD sur L’histoire de la SF parue aux Humanoïdes Associés.






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