Le dragon griaule – Lucius Shepard

griaule

Le dragon Griaule de Lucius Shepard est un recueil de 6 nouvelles qui forment un tout, les nouvelles se situant dans le même univers et avec une chronologie définie. Lucius Shepard a commencé par publier en 1984 la nouvelle « L’Homme qui peignit le dragon Griaule » qui a remporté un tel succès que son auteur a décidé de développer l’univers du dragon Griaule. Cinq autres récits ont suivi, écrits entre 1984 et 2010, tous quasiment aussi long qu’une novella chacun. L’objet livre produit par Le Bélial est de très belle qualité avec quelques illustrations avant chaque texte signées Nicolas Fructus. À noter également la traduction soignée de Jean-Daniel Brèque.

Griaule est ainsi un dragon, mais pas n’importe quel dragons. Il a plusieurs caractéristiques qui le rendent particulier : Sa taille tout d’abord, six mille pieds d’un bout à l’autre. On peut d’ailleurs s’apercevoir de son gigantisme sur l’illustration de couverture. Deuxième signe particulier, Griaule a été pétrifié par un puissant sorcier voilà plusieurs millénaires. Depuis, le dragon dort et semble mort à tel point qu’il fait partie du décor depuis cette époque. Depuis, la région a changé et des villes et villages se sont développés autour du dragon pétrifié. Ainsi des forêts se sont formées sur son dos, le dragon formant des reliefs dignes des montagnes. Un paysage unique s’est formé à partir de Griaule. Cependant, Griaule n’est pas mort, il ne peut plus bouger mais son esprit reste actif, même très actif, et son influence est partout. On la ressent dans la nature mais également sur ses habitants plus ou moins corrompus par le dragon. Même si ils vivent pratiquement normalement, l’influence du dragon est clairement visible tout au long des différents récits.

Les nouvelles se déroulent dans un ordre chronologique, les cinq premiers textes se passent dans un monde préindustriel et le dernier beaucoup plus tard. Les nouvelles forment ainsi un tout et racontent de nombreuses années de la vie de Griaule. Selon les textes, le dragon est plus ou moins présent, mais il est toujours au cœur des histoires. Les nouvelles n’ont pas les mêmes personnages mais certaines histoires se recoupent. Dans tous les textes, on reconnait sans problème la patte de Lucius Shepard, qui arrive à rendre ses descriptions très vivantes et évocatrices. Le dragon Griaule permet à Lucius Shepard d’aborder de nombreux thèmes allant du libre-arbitre à la politique, en passant par la notion de consentement.

L’homme qui peignit le dragon Griaule qui ouvre le recueil et l’univers monde de Griaule est la plus courte de toutes les nouvelles. Elle permet de faire connaissance avec les lieux, le dragon. Il est question d’un homme qui veut peindre Griaule et tenter au passage de l’empoisonner. Elle donne lieu à la couverture du livre. La seconde nouvelle, La fille du chasseur d’écailles, est beaucoup plus longue et nous fait visiter l’intérieur du dragon. La nouvelle se lit avec plaisir mais s’enlise un peu au milieu. L’influence de Griaule est clairement présente dans ce texte.

Le Père des pierres change complètement de genre par rapport aux deux précédentes : On se retrouve dans un texte flirtant avec le polar et les récit de procès. Un avocat doit défendre un meurtrier, ce dernier disant avoir agi sous l’influence du dragon. Les rebondissements sont nombreux et on se prend vite au jeu. Un très bon texte prenant et qui amène plusieurs réflexions sur la vérité et la liberté. La quatrième nouvelle, La Maison du menteur, évoque la rencontre d’un homme et d’une femme très particulière, en fait une dragonne s’étant métamorphosée en femme.

L’Écaille de Taborin est une nouvelle très importante dans l’histoire de Griaule. Elle commence assez simplement par l’histoire de George Taborin qui a trouvé par hasard une écaille du dragon. Il se trouvait avec Sylvia, une prostituée, quand il l’a trouvée et passe ainsi plusieurs jours en sa compagnie en échange de l’écaille. Par hasard, en nettoyant l’écaille, Sylvia et lui se retrouvent projetés dans une autre époque aux paysages différents. La nouvelle se termine sur un événement majeur pour l’univers. Le récit s’enlise un peu au milieu tout comme la seconde nouvelle.

La dernière nouvelle, Le crâne, tranche complètement avec les autres pour plusieurs raisons: elle se déroule à notre époque et on part dans un pays au nom familier de Temalagua. La nouvelle est clairement orientée vers la politique et la critique des conflits des pays sud américains. Certains thèmes sont communs aux nouvelles précédentes comme l’influence du dragon ou le libre-arbitre.

Lucius Shepard propose ainsi avec ce recueil un livre vraiment particulier où il est question d’un animal univers, d’un univers tournant autour d’un gigantesque dragon. Griaule étend son influence en tissant sa toile autour de personnages variés et aux personnalités affirmées. Mais surtout, ce qui rend ce livre exceptionnel, c’est la patte de son auteur qu’on reconnait aisément et qui arrive à nous dépeindre un monde totalement à part.

Autres avis: Baroona, Le dragon galactique, RSF Blog, Lorkhan, Blackwolf, Le chien critique, Gromovar, Vert,Xapur, TmbM

mde

Auteur: Lucius Shepard

Traducteur: Jean-Daniel Brèque

Éditeur: Le Bélial’

Parution :22/09/2011

En 1984 paraît «L’Homme qui peignit le Dragon Griaule», récit de Lucius Shepard qui introduit l’univers du Dragon Griaule, un monde préindustriel (disons, début de notre XIXe siècle) dans lequel une créature fantastique, Griaule, un dragon de plusieurs kilomètres de long, a été pétrifié par un puissant magicien voilà plusieurs millénaires. Depuis, la créature titanesque, reliquat d’un âge oublié, s’est totalement «intégrée» au paysage, devenant à elle seule une chaîne de montagne chargée de végétation qui abrite ville et villages. Mais si le monstre est pétrifié, il n’en est pas mort pour autant. Ainsi Griaule continue-t-il d’instiller sa néfaste influence, une insidieuse corruption qui s’attaque aussi bien aux hommes qu à la nature… Car Griaule poursuit un but. Inavoué et inavouable…

Ce texte initial remporte un tel succès que Lucius Shepard développera au fil des ans l’univers de Griaule dans cinq autres très longs récits, tous inédits en français, l’ensemble constituant la grande oeuvre de son auteur, une manière de méta-roman époustouflant réuni ici pour la première fois, non seulement en France, mais au monde.

 

31 commentaires

  1. Ça a l’air pas mal, il faudrait que je pense à lire ce livre… O=)
    Je te rejoins sur le fait que les 2ème et 5ème nouvelles sont un cran en-dessous. Mais le reste est en même temps à un tel niveau.
    Gloire à Griaule !

    Aimé par 2 personnes

    • Je pense que tu devrais aimer ce livre et finir par chanter les louanges de Griaule 😉
      Les 2 et 5 souffrent du même problème, une perte de régime au milieu alors que le début et la fin sont très bien.

      J’aime

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