En direct de nos écrans – 3 spécial John Carpenter

Le retour de ce type d’articles après quelques temps dont je vous rappelle le concept: des chroniques moins complètes que d’habitude, sur des films ou séries que nous avons regardés récemment. Le gentil monsieur barbu m’ayant offert à Noël des dvds de John Carpenter, aujourd’hui, nous allons parler de trois films d’un de mes réalisateurs préférés, j’ai nommé John Carpenter : New York 1997, The Fog et Christine.

Je n’avais pas revu ce film depuis très (trop) longtemps. New York 1997 est le cinquième film du réalisateur et sa première collaboration pour le cinéma avec Kurt Russell. En effet, ils avaient tourné auparavant un téléfilm, Le Roman d’Elvis, qui vit la naissance d’une belle amitié. Kurt Russell a ensuite tenu le rôle principal dans quatre longs métrages de Carpenter : New York 1997, The Thing, Les Aventures de Jack Burton et Los Angeles 2013. Le film est sorti en 1981, il a été co-écrit et réalisé par John Carpenter. Ce dernier avait écrit le film au milieu des années 1970 suite au scandale du Watergate mais dû attendre d’avoir assez d’influence dans le milieu du cinéma pour mettre son projet à exécution.

Le film mélange actions et science-fiction en imaginant un monde dystopique où à partir de 1988, suite à une explosion de la criminalité aux États-Unis, l’île de Manhattan est devenue une ville-prison. Manque de chance, en 1997 l’avion du président des États-Unis est détourné par des terroristes. Juste avant que l’avion ne s’écrase, le président parvient à s’enfuir en s’éjectant à bord d’une capsule de survie qui va s’écraser en plein cœur de Manhattan. Il est fait prisonnier et retenu en otage sur l’île. Le responsable de la sécurité de l’île décide de tenter le tout pour le tout en faisant appel à Snake Plissken, un redoutable hors-la-loi, et lui donne 24 heures pour sauver le président en échange de sa grâce.

Dans ce film, on retrouve beaucoup de la personnalité de son réalisateur. On y trouve également un de ses thèmes fétiches, l’enfermement, le huis-clos. Mais cette fois le décor est plus grand et plus chaotique avec la ville de New York devenue une véritable jungle, condamnée par des murailles autour de l’île de Manhattan et devenue une prison à ciel ouvert où les criminels sont livrés à eux-mêmes sans espoir de sortie. Comme dans The Thing, le décor a énormément d’importance est contribue à cette impression d’enfermement. Pour figurer cette ville apocalyptique et menaçante, le réalisateur choisit d’ailleurs Saint-Louis, ville en crise et ayant subi un important incendie en 1977. L’esthétique du film est d’ailleurs à souligner tout comme les effets visuels. Le rythme du film est très haletant avec beaucoup d’actions, de rebondissements et un final explosif.

Une des grandes réussites du film tient également à sa belle galerie de personnages secondaires avec notamment Harry Dean Stanton (que l’on retrouvera dans Christine) dans le rôle du fourbe et calculateur Brain ou Ernest Borgnine en chauffeur de taxi candide et fan de Snake Plissken. Snake Plissken, personnage devenu mythique, magistralement incarné par Kurt Russell, est ce qui donne tout son sel au film. Ce personnage de malfrat solitaire, véritable bombe à retardement, sociopathe uniquement motivé par ce qui touche à son propre intérêt, rétif à toute autorité est au centre du film, et Kurt Russell porte le film sur ses épaules en devenant ce personnage dont la réputation le précède partout où il va. Le film est ainsi parsemé de la réplique :  » Tu es Snake Plissken. Je pensais que tu étais mort », ce qui renforce le statut légendaire que le personnage allait avoir.

Film visionnaire, où Carpenter s’attache surtout aux personnages, New York 1997 est une véritable réussite offrant à Kurt Russell un des ses meilleurs rôles. Un film qui n’a pas vieilli et que l’on revoit avec toujours autant de plaisir.

Fog est le 4éme film de John Carpenter, changement d’ambiance et de registre avec ce film fantastique sorti en 1980. Cette fois, le réalisateur renoue avec l’horreur après Halloween, la nuit des masques paru en 1978. Je n’avais jamais vu ce film avant, et 40 ans après il garde son aspect angoissant intact. Le scénario du film est de John Carpenter et Debra Hill. Au casting on retrouve Adrienne Barbeau (déjà présente dans New York 1997), Tom Atkins (lui aussi déjà présent dans New York 1997), Jamie Lee Curtis (qui tourna à 4 reprises avec Carpenter), et John Carpenter dans un tout petit rôle.

Le film se déroule à Antonio Bay, petite ville de pêcheurs de Californie du Nord qui s’apprête à fêter son centenaire. Cependant, les festivités ne vont pas se dérouler comme prévues puisque de mystérieux événements se produisent, accompagnés par la présence d’un étrange brouillard qui s’étend sur la mer puis sur la ville. Le prêtre de Antonio Bay va découvrir le journal de son grand-père, un des fondateurs de la ville, qui révèle qu’en 1880 ces derniers ont délibérément coulé et pillé l’Elizabeth Dane, un navire appartenant à Blake, un homme riche atteint de la lèpre et espérant trouver refuge dans le village. Les fantômes de Blake et de son équipage reviennent à l’aide du brouillard pour se venger lors du centième anniversaire du naufrage et de la fondation de la ville.

Le film a été tourné à différents endroits dont Point Reyes (pour les scènes du phare) et à Bodega Bay où fut tourné Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Au tout début du film, on trouve une citation d’Edgar allan Poe. Cependant, Fog emprunte aussi des références à Lovecraft, avec le danger venant de l’océan qui abrite des monstres très dangereux. L’irruption du brouillard fait aussi se confronter la ville à son passé violent et mystérieux. Fait curieux également: le personnage interprété par Jamie Lee Curtis s’appelle Elizabeth comme le nom du bateau coulé 100 ans auparavant et elle arrive dans la ville au même moment. Le village a été construit sur des mensonges, de la cupidité et des meurtres. Cela rappelle le passé des États-Unis et leur attitude face aux indiens.

Le brouillard offre un cadre propice à la peur et à la paranoïa en cachant ce qu’il contient et constitue un voile parfait pour les fantômes. Il accompagne la venue du surnaturel et englobe complétement la ville dans son étau, la coupant du reste du monde, l’enfermant dans sa culpabilité. On retrouve ainsi deux thèmes phares du réalisateur: l’enfermement et la paranoïa.

Même s’il a un peu vieilli, Fog est ainsi un film angoissant, propice à susciter l’effroi. Sous des couverts de film d’épouvante, le réalisateur parle aussi de l’envers sombre des fondations de l’Amérique.

Christine est le 7ème film de John Carpenter. Il date de 1983 et est tiré du roman du même nom de Stephen King. Le film a la particularité d’avoir vu sa production lancée avant même que le roman ne soit publié, cela en raison de la popularité à l’époque de Stephen King et de John Carpenter. Le scénario du film est signé de Bill Phillips. Le casting est composé d’acteurs débutants selon les souhaits du réalisateur: Keith Gordon dans le rôle d’Arnie, John Stockwell interprétant Dennis Guilder, meilleur ami d’Arnie et Alexandra Paul ( qu’on retrouva dans Alerte à Malibu pour la petite anecdote) jouant Leigh Cabot. L’actrice a d’ailleurs une sœur jumelle qui apparait à quelques moments du film, les deux femmes s’étant amusées à surprendre Carpenter lors de certaines scènes.

Arnie Cunningham est un lycéen timide et mal dans sa peau. Il est le souffre-douleur de Buddy et sa bande les brutes de son lycée. Un jour en rentrant avec son meilleur ami Dennis, il tombe radicalement sous le charme d’une vieille voiture délabrée, une Plymouth Fury de 1958 appelée Christine. Il décide immédiatement de l’acheter puis de lui donner une seconde jeunesse. Pour cela, il utilise le garage de Darnell, où il travaille le soir après le lycée. Peu à peu, Arnie change de personnalité au contact de Christine, devenant plus sûr de lui, plus colérique et violent. Son obsession pour Christine se transforme alors en névrose. Surtout que l’obsession est réciproque, la voiture apparaissant animée d’une vie propre et de pouvoirs surnaturels.

La voiture apparait comme le personnage principal du film, elle a une sorte de conscience, et parfois son éclairage lui donne un regard. Elle a des réactions de jalousie comme une véritable personne. Elle figure la représentation de l’altérité mais aussi le catalyseur de comportements malsains. Elle apparait comme l’initiatrice de l’horreur autant parce qu’on ne sait pas quelle est réellement sa véritable nature que parce qu’elle fait ressortir dans ce qui la possède leur part d’ombre. Cela avait été le cas pour Roland LeBay, le précédent propriétaire de la voiture, puis de Arnie. Christine révèle à son propriétaire sa propre violence, elle prend peu à peu possession de lui, faisant ressortir des ressentiments qui ne demandent qu’à s’exprimer, après des années de frustration pour Arnie, victime des autres. Keith Gordon incarne très bien ce personnage d’adolescent geek avant l’heure, maltraité et qui désire se venger.

Le film marque également pour le soin pris aux détails. La bande son correspond aux années 50, années où Christine a vu le jour. La voiture change d’apparence au fil du récit, elle devient belle avec une couleur rouge sang qui tranche par rapport aux autres voitures sur la chaine de montage. Les tenues d’Arnie évoluent aussi au fur et à mesure des changements de son comportement, il s’habille comme dans les années 50 à la fin du film allant jusqu’à porter le blouson rouge qu’arbore James Dean dans La Fureur de vivre.

Cependant, et surtout en comparaison des deux films précédents, on ne sent pas beaucoup la « patte » de John Carpenter. Sa réalisation est efficace mais on ne le voit pas vraiment derrière le film. Il faut dire que la sortie l’année précédente de The Thing avait été un désastre et que Christine est un travail de commande. C’est l’occasion pour lui de redorer son blason auprès des studios et le film apparait comme un film assez impersonnel. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’est pas doté de beaucoup de qualités. C’est un film sur la violence, sur l’adolescence, sur la passion qui détruit.

Christine est ainsi un film très réussi, une des meilleures adaptations de roman de Stephen King, même si on n’y voit pas beaucoup la touche de Carpenter. Le film apparait comme une métaphore de l’adolescence, âge difficile s’il en est (thème récurrent chez Stephen King), de la violence et de la représentation de l’altérité.

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