Les flibustiers de la mer chimique – Marguerite Imbert

En février 2021, paraissait chez Albin Michel le premier roman de Marguerite Imbert, Qu’allons-nous faire de ces jours qui s’annoncent ?, un roman contemporain qui se déroulait à Notre-Dame des Landes. En cette fin d’année 2022, l’autrice revient avec une incursion dans la science-fiction avec Les Flibustiers de la mer chimique dans la collection imaginaire des éditions Albin Michel. L’illustration de couverture est signée Sparth et donne un bon aperçu de l’univers.

Les Flibustiers de la mer chimique est un roman qui appartient au genre post-apocalyptique. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il faut s’attendre à de la morosité, de l’horreur ou de la tristesse. Au contraire, l’incipit du roman annonce la couleur : « Je ne crois pas que l’apocalypse soit nécessairement une chose triste ». Voilà de quoi donner le ton à un roman qui va nous parler de désastre écologique et d’une société créée après l’apocalypse.

Nous sommes dans un futur proche, une hécatombe d’origine inconnue a tué la quasi totalité de la population mondiale. Il ne reste presque rien de la civilisation humaine. Les êtres qui ont survécu sont dispersés à la surface du globe. L’environnement est hostile, les océans et mers ont vu leur niveau monter, leurs eaux sont polluées au point d’en devenir toxiques. On y trouve des monstres marins gigantesques et mutants. Pourtant, quelques groupes essayent de s’organiser et de rebâtir une société organisée et solidaire, comme la Métareine qui se trouve à Rome. Les Graffeurs sont des personnes particulières, dépositaires de la mémoire perdue dans l’hécatombe. Alba est la dernière de ce genre. A force de vivre seule, elle est devenue folle et ce n’est pas son récent enlèvement par un groupe d’Étoilés qui doit l’amener à Rome qui va arranger les choses.

Pendant ce temps, un sous-marin, le Player Killer, sous les ordres du capitaine Jonathan, écume les mers à la recherche de trésors mais surtout du mythique l’Azote bleu. Le Player Killer va sauver des naufragés et les faire prisonnier à bord : Ismaël, un naturaliste romain et ses deux compagnons d’infortune, Lori et Aaron. Ismaël a une mission secrète pour le compte de la Métareine qu’il va tenter de mener sans se trahir et en sympathisant avec Jonathan, l’étonnant capitaine fan de jeux vidéos et de musique des temps passés.

Le roman va suivre les deux fils directeurs d’Alba et d’Ismaël parallèlement. Le début du roman est de ce fait un peu décousu et il faut un peu de temps pour se familiariser à l’univers et aux différents protagonistes. Puis, on s’y fait assez vite, et grâce au style très direct de l’autrice on s’imprègne de ces personnages haut en couleurs et complètement déjantés qui font tout le sel du roman. Jonathan est complètement dingue à sa manière, tout en étant extrêmement brillant dans son domaine. Il est à la fois mégalomane, enthousiaste, et apporte beaucoup d’humour au récit. Il en est de même pour Alba dont les nombreuses connaissances ont tendance à se mélanger dans sa tête, qui manque clairement de lucidité et a tendance à parler à voix haute sans s’en rendre vraiment compte. Ces deux personnages sont vraiment marquants pour leur grain de folie, et ils marquent le lecteur pour longtemps.

Marguerite Imbert a su créer également un monde cohérent en se moquant au passage de nos travers actuels et en instillant une bonne dose d’humour. Son monde est plein de trouvailles et intelligemment construit. Elle prend à contrepied le genre post-apocalyptique en y mettant de l’humour, des flibustiers et en le transformant en un récit déjanté et rafraîchissant alors que tous les ingrédients du genre y sont réunis.

Avec Les Flibustiers de la mer chimique, Marguerite Imbert fait ainsi une entrée remarquée dans l’imaginaire français. Son roman est une bouffée de fraîcheur, un récit intelligemment dosé entre aventures, humour, écologie porté par des personnages haut en couleurs. On espère retrouver très vite cette autrice à la plume incisive.

Autres avis: Le nocher des livres, FeydRautha (L’épaule d’Orion), Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile ?), Boudicca, le dragon galactique,

Autrice: Marguerite Imbert

Éditions : Albin Michel Imaginaire

Parution: 28 septembre 2022

Une folle odyssée sous des cieux aveuglants, sur des mers acides qui empruntent leurs couleurs à une délicieuse poignée de bonbons chimiques. Tout commence par un naufrage. Ismaël, naturaliste de Rome, agonise sur un radeau de fortune quand il est repêché par le Player Killer, un sous-marin capable de naviguer dans les courants acides. Maintenant prisonnier des flibustiers de la mer chimique et de leur excentrique capitaine, Ismaël se demande comment réussir sa mission. Sur la terre ferme, la solitude n’a pas réussi à la graffeuse Alba – omnisciente ou presque. Bien qu’elle ait tendance à confondre les dates et les noms, elle est choisie pour incarner la mémoire des survivants. Dans une Rome assiégée par les flots toxiques de la Méditerranée, la jeune femme va apprendre à ses dépens que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Et si, séparés par des milliers de kilomètres, ignorant tout l’un de l’autre, Ismaël et Alba cherchaient à percer la même énigme.

18 commentaires

  1. Ah! si toi aussi tu t’y mets ! Comment vais-je résister ? Tu évoques le mot « écologique », est-ce une utilisation moralisatrice, donneuse de leçon ou tout simplement un cadre que l’on souhaite préserver ?
    Bises mon Troll

    Aimé par 1 personne

  2. […] Les flibustiers de la mer chimique est un récit post-apocalyptique prenant le contrepied de ce genre et lui conférant un aspect à la fois humaniste et débridé. Construit tel une fable écologique, le récit nous emmène dans une aventure aussi vive qu’intellectuelle à travers deux trames aussi différentes que complémentaires. L’une repose sur des dialogues incisifs et piquants, l’autre sur une quête, des secrets et des non-dits. Les deux trames nous emmènent pourtant vers une même révélation finale qui redistribue les cartes et nous interroge sur notre rapport au monde. Finalement, on passe un excellent moment avec ce roman original, drôle et plein d’esprit qui nous fait réfléchir tout en nous divertissant. ♦ ♦ D’autres avis : Tachan – L’épaule d’Orion – Le bibliocosme – Le nocher des livres – Gromovar – Le dragon galactique – Célindanaé […]

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