Féro(ce)cités – collectif Projets Sillex

Ce livre a eu une histoire singulière pour Célindanaé et moi lors des Imaginales 2022. Nous pensions bien acheter ce livre aux Imaginales, et de passage devant le stand nous avons eu toute une série d’échanges avec plusieurs auteurs du recueil, autour de coïncidences entre un des auteurs et notre fils, mais aussi tout simplement parce qu’ils étaient particulièrement sympathiques et que nous avons papoté 1h sur le stand avec les auteurs pendant qu’ils réalisaient des dédicaces toutes plus originales les unes que les autres. C’est donc le premier livre que j’ai lu en revenant du festival, et je n’ai pas été déçu. L’ouvrage est un très joli livre avec une illustration très colorée et classe de Dogan Oztel qui annonce bien la thématique. Chaque nouvelle est précédée d’un dessin d’animal costumé, avec Djo Maz au crayon.

Il s’agit d’un recueil de 10 nouvelles, dans le genre fantasy animalière : ici point de trolls et elfes, de mages bourrins (quoique) ni de mort-vivant (quoique aussi en fait…). Les relations animales sont ici pour faire des analogies ou des allégories, et finalement faire se poser sans doute plus de questions sur les sujets traités que s’il s’agissait d’humains. La plupart des textes sont assez percutants, plus ou moins sombres, mais avec souvent beaucoup de sensibilité et des plumes tout à fait intéressantes à suivre.

La Voix des écorces de Pauline Sidre : La première nouvelle nous fait entrer de plein pied dans le genre fantasy animalière, avec des oiseaux cherchant à redécouvrir une ville dont beaucoup de secrets ont été oubliés. C’est assez subtil, avec une découverte du monde progressive, et un final surprenant. Un beau texte.

Entre chat et loup de Kevan Demillas : Cette nouvelle nous propose une enquête au sein d’une cité regroupant de nombreuses espèces animales cherchant à vivre autrement, si possible en harmonie, à l’abri de l’extérieur peuplé de carnivores… Mais la ville est en fait divisée en 4 quartiers, avec des tensions et des luttes de pouvoir. Un des textes les plus classiques mais agréable, proche de la fantasy habituelle, qui fait réfléchir sur les régimes alimentaires et la coexistence des espèces.

Que gèle la sève de Jason Martin : Un des textes les plus sombres du recueil, qui nous conte l’expédition d’un trappeur dans le Grand Nord Canadien à la recherche de son frère disparu, en plein blizzard. Critique de la civilisation des villes vs le grand air, et pique sur la colonisation des terres du nouveau monde… Ambiance très froide, avec de faux airs de la chose.

Rage d’Ambre de Xavier Watillon : J’ai eu du mal à bien rentrer dans ce texte, qui nous raconte le retour du descendant de famille de mages dans une ville en plein bouleversement. Un peu trop d’idées se mêlent ici, qui auraient nécessité plus de développement.

Piège à nuage de Eymeric Amselem : Texte très positif, on y retrouve un mage béluga volant parcourant les iles flottant au dessus de l’océan pour y propager l’idée que la terre est ronde et non plane… Le texte fourmille d’idée, et l’humour décalé du béluga passe très bien. Un très bon moment de lecture, avec une belle chute.

Ventreille de Édouard H. Blaes : Un texte assez prenant, dans lequel une troupe de théâtre divertit la population d’une ville assiégée, en proie à des luttes internes. L’un des membres de la troupe semble avoir un passé secret assez lourd, en rapport avec les représentations qu’il donne. Il y a beaucoup de choses dans ce texte, presque un peu trop, et j’aurai aimé qu’il soit un peu plus long à certains moments. Le mélange représentation de théâtre / espionnage fonctionne très bien.

Alba de Jais, l’Anonymographe de Fran Basil : Une frontière avec d’un côté les corbeaux, de l’autre les lièvres. Ils ont souvent eu des relations houleuses, mais trouvent toujours des arrangements… ou des compromis. L’héroïne Alba se retrouve au milieu d’un complot cherchant à renverser son dirigeant, alors qu’elle se trouve otage chez l’ennemi. Un texte assez touffu, dur, mais très bien mené, avec une chute que je n’avais pas vu venir.

Peau de lapin, peau de chagrin de Thomas Fouchault : Le texte le plus dur du recueil, qui décrit la descente aux enfers (presque au sens littéral) d’un marchand lapin venu à la grande foire pour écouler ses marchandises. Alors que la chance en affaire commence à sourire à l’animal, il se retrouve de plus en plus exploité, ne pouvant que subir sans espoir de se refaire. A chaque rechute on se demande comment les choses peuvent aller plus mal, mais l’auteur joue à faire souffrir son personnage. On croirait presque que l’auteur a eu une expérience avec le fisc alors qu’il était en liquidation de sa société et en plein divorce, et qu’il savait qu’il faudrait payer une pension 3 fois supérieure à son salaire, tout en apprenant qu’il avait un virus incurable rare. La vie de marchand apaisée quoi !

Mus de la Brèche de Jeanne Mariem Corrèze : Un joli texte sur le dernier voyage d’un passeur, allant d’une contrée sauvage à la grande ville des souris. Les dangers sont nombreux, mais le travail du guide est toujours fait avec professionnalisme. Finalement, la ville qui promet le repos n’est pas décrite comme le havre de paix qu’elle devrait être, mais la quête du passeur va au delà de la simple sécurité.

L’incarnation d’Oalzo de Delphine H.Edwin : Un texte dans lequel on se sent au départ un peu perdu, mais qui se dévoile au fur et à mesure pour un final apaisé. Pas mal de questionnements sur la parentalité, sur les choix et les désirs des enfants, au milieu d’un monde compliqué par les rivalités et les problèmes du monde. Un assez beau texte avec pas mal d’émotion.

Ce recueil original est donc de très bonne qualité, il réunit des textes très singuliers, par des auteurs talentueux. Les questionnements sur l’actualité sont nombreux, les situations sont originales et permettent pas mal de parallèles, de critique de la société. On ne peut que saluer aussi la galerie de personnages principaux, allant du très sympathique au calculateur froid. A nouveau une bonne production de Projet Sillex.

Autres avis: Zoé prend la plume, le syndrome quickson,

Auteurs / autrices : Eymeric Amselem, Fran Basil, Pauline Sidre ,Jeanne Mariem Corrèze, Delphine H. Edwin, Thomas Fouchault, Kevane Demillas, Jason Martin, Edouard H. Blaes, Xavier Watillon

Éditions: Projet Sillex

Parution: 01/07/2021

À plumes, poils ou écailles, les animaux qui peuplent ce recueil ont tous les atours de l’humanité.
Mais ne vous y trompez pas : cela ne devrait pas vous rassurer.

Dix nouvelles de fantasy animalière pour dix voyages vers des cités où les animaux nous ressemblent bien plus qu’ils le devraient.
Si aucun animal n’a été maltraité pour constituer ce recueil, nous ne pouvons pas promettre qu’il en sera de même à l’intérieur de ces pages.

6 commentaires

  1. Je te remercie pour le lien !
    Très sympa ta chronique, que j’ai pris plaisir à lire pour me remémorer ces textes. Dans mon esprit, j’ai gardé très vifs certains textes, comme Que gèle la sève, Mus de la brèche, La voix des écorces, Peau de lapin peau de chagrin, Piège à nuages… En revanche, d’autres mériteraient une petite relecture !

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    • Merci pour ton retour, on a plusieurs textes qui sortent du lot en commun. Les autres sont soit plus classiques, soit un petit en dessous. Mais le recueil est d’un très bon niveau d’ensemble, et plein de fraîcheur.

      Aimé par 1 personne

  2. Je suis en train de le lire ! 🙂 Je l’ai mis un peu de côté, car ma fatigue m’empêchait d’en apprécier pleinement toutes les qualités, j’espère m’y remettre prochainement !
    Chouette chronique ! 🙂

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    • Merci pour ton retour. Oui certains textes nécessitent d’être au calme pour bien les apprécier, d’autres sont plus classiques dans leur construction et moins exigeants de ce fait.

      Aimé par 1 personne

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