Yardam d’Aurélie Wellenstein

Yardam est le dernier roman paru d’Aurélie Wellenstein, d’abord chez Scrinéo en mars 2020 puis chez Pocket 2 ans plus tard. Aurélie Wellenstein a publié une dizaine de romans en jeunesse et Young adult. Yardam est son premier roman étiqueté adulte. Un roman sombre et d’actualité où il est question d’une mystérieuse épidémie, sorti en mars 2020. C’est peu dire que c’est assez étrange à lire en ce moment.

La cité de Yardam est frappée par une mystérieuse épidémie qui transforme les individus touchés en « coquille », c’est à dire des personnes sans souvenirs ni intelligence, devenant juste un corps sans esprit. Devant l’ampleur des cas, l’Empereur décide de placer la ville en quarantaine pour une durée indéterminée et d’instaurer un couvre-feu. Les habitants paniquent autant pour la maladie que pour la quarantaine qui peut entrainer des risques de pénurie. Des médecins sont envoyés sur place pour tenter de comprendre d’où vient l’épidémie, et essayer de la stopper. Féliks et Nadja arrivent dans la ville, persuadés de pouvoir trouver la solution à tout ça. Ils vont recevoir l’aide inattendue de Kazan, jeune voleur qui va leur faire connaitre la cité. Ce dernier semble vouloir plus que tout les aider à trouver le moyen de guérir les malades. Mais il est loin d’agir par altruisme, car il connait l’origine de l’épidémie. Tout vient de personnes comme lui, détenant un grand pouvoir leur permettant de voler l’âme de leur victime en même temps que ses aptitudes, connaissances et souvenirs. Cette capacité provient d’un virus sexuellement transmissible, qui ronge à long terme son porteur qui devient fou à cause des personnalités engrangées dans sa tête.

On sait assez peu de choses sur l’univers ou sur l’époque ou se déroule le roman. Les techniques de médecine employées font penser à la fin du 19e siècle. J’aurais aimé un peu plus de détails sur le monde mis en place, cela aurait permis de mieux comprendre certains petits détails. Néanmoins, le fait de situer son histoire dans un univers clos et fictif permet beaucoup de libertés à l’autrice, qui en tire le meilleur parti en offrant à cette cité une véritable ambiance sombre et glauque par moments. Le récit établit une véritable atmosphère oppressante autant par le huis-clos, par l’épidémie que par les habitants qui sombrent peu à peu vers la folie. Cette folie personnifiée par la maladie mais aussi par la cité en elle-même et l’effet de groupe, le dérives humaines. Surtout qu’Aurélie Wellenstein n’épargne pas ses lecteurs ni ses personnages. C’est violent, glauque, les tourments de l’âme humaine sont bien présents et on a parfois l’impression d’assister à une fin d’un monde, ce qui est en partie le cas puisque la ville de Yardam se meurt peu à peu en sombrant dans la folie.

L’intrigue est porté par le personnage de Kazan qui est totalement paumé. Il ne sait pas comment gérer sa maladie, ses démons, les relations qu’il entretient et choisit de se réfugier dans la drogue pour essayer de s’évader de tout cela. Il est parfois difficile à suivre tant sa personnalité est trouble. Il est loin d’être une victime, il a choisi son état en connaissance de causes. Il est très complexe et ambivalent. On l’apprécie et le déteste à la fois. Ceci vaut aussi pour les autres personnages dont le comportement devient ambigu sous l’influence de Kazan. Les relations entre les différents protagonistes sont troubles également, seule celle entre Féliks et Nadja est différente et fait office de lumière dans un monde de ténèbres. Cela a tendance à instaurer un malaise chez le lecteur qui ressent ce qui se déroule en ne sachant plus vraiment sur quel pied danser. Aurélie Wellenstein décrit avec brio les liens du type mentor / apprenti(e), et la maladie est liée au vampirisme, ceux qui la transmettent sont appelés des vampires psychiques. Cependant, il reste parfois difficile de vraiment s’attacher aux personnages ou de ressentir de l’empathie pour eux. La plume d’Aurélie Wellenstein rend le récit très immersif et on se laisse prendre au jeu, mais il subsiste tout de même ce sentiment de malaise tout au long de la lecture.

Yardam est donc un roman beaucoup plus sombre et glauque que les autres romans d’Aurélie Wellenstein. Il est à réserver à un public averti (comme on dit). Pourtant, c’est une véritable réussite au niveau de la description de la folie, de la maladie insidieuse et des relations torturées qui peuvent lier des personnes.

Autres critiques: Ombrebones, Dup, Yuyine, Boudicca, Tachan,

Autrice: Aurélie Wellenstein

Éditions: Scrinéo / Pocket

Parution: 19/03/2020 – 10/03/2022

À Yardam, la folie est sexuellement transmissible.

La population est piégée par la quarantaine dans l’espoir d’endiguer l’épidémie.

Porteur du virus, Kazan se débat avec ses démons au point qu’il ne sait plus s’il les aime ou s’il les hait.

Le salut viendra-t-il de ce couple de médecins étrangers venus s’enfermer volontairement dans la cité pour trouver un remède au terrible mal qui s’étend entre ses murs ?

13 commentaires

  1. Chouette chronique ! J’ai aussi manqué comme toi d’un peu de corps pour me figurer parfaitement les lieux et bien tout saisir.

    Je ne sais pas en revanche ce que ça dit de moi (!!), mais je l’ai trouvé… trop gentil ce bouquin. Trop gris. J’ai pas assez étouffé dans ce huis-clos, pas assez éprouvé la folie des personnages… Et la plume m’a semblé plus limitée ici que dans les romans de voyage de l’autrice; comme si elle était prisonnière, aussi; et du coup, elle ne m’a pas emportée.

    Je n’ai pas ressenti de malaise, ça n’a rien remué chez moi… à part l’envie de baffer Kazan que j’ai trouvé naïf et manipulable à souhait, il m’a presque fait pitié dans son petit combat avec ses quelques voix dans sa tête.

    Bref, je suis un monstre en attente de noirceur collante et poisseuse, voilà 😀

    Aimé par 1 personne

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