Infinités de Vandana Singh

Infinités est le premier et seul livre de l’écrivaine indienne Vandana Singh qui a été traduit en français. Il a été publié chez Denoël dans la collection Lunes d’encre en 2016. Vandana Singh est autrice et également prof de physique dans une université du Massachusetts. Infinités est un recueil de 10 nouvelles auquel s’ajoute une court essai sur la littérature d’imaginaire. La traduction est de Jean-Daniel Brèque et la superbe couverture d’Aurélien Police.

Le recueil oscille entre science-fiction et fantastique, et a pour thème dans la plupart des textes l’Inde contemporaine et plus particulièrement la place de la femme dans la société Indienne. La plume de l’autrice est très belle et parfaitement rendue par la traduction. Elle est très évocatrice autant dans les descriptions des paysages du pays que dans celles de sa culture. Elle permet une véritable immersion dans les différents textes. Il est évident que dans un recueil certaines nouvelles nous parle moins que d’autres. Cependant, j’ai aimé cette plongée dans ce pays si lointain que je connais peu, et surtout la manière dont l’autrice en parle de manière très percutante en faisant réfléchir le lecteur. Le livre mélange plusieurs genres de l’imaginaire mais est aussi une critique sociale tout en finesse. Il permet de mieux comprendre les coutumes et la culture indiennes.

Les nouvelles:

Faim : un texte fantastique pour ouvrir le bal. Dans une famille aisée en Inde, la mère prépare la maison pour les festivités d’anniversaire de sa fille de douze ans. Pour l’occasion, plein de monde est invité, dont les collègues de travail de son mari, qui vient d’avoir une promotion. La fête va prendre une autre tournure suite à un triste événement. Ce texte parle surtout de la place de la femme dans le foyer et dans la vie du mari. L’autrice y fait une une critique sociale percutante sur l’Inde au travers d’un personnage principal de femme adepte de lecture SF.

Delhi : un jeune homme qui n’a pas le cerveau câblé a ainsi la particularité de percevoir les flux temporels. Il rencontre ainsi des personnes d’autres époques avec qui il interagit. Le texte est à la fois touchant et angoissant par certains côtés. L’autrice parle de l’histoire de son pays, mais aussi des différences de classe. Le personnage principal est autant le jeune homme que la ville de Delhi porteuse de beaucoup de questionnements sociaux.

La Femme qui se Croyait Planète : un texte fantastique à nouveau où un mari pensant profiter paisiblement de sa retraite voit sa femme se réveiller un beau jour en étant persuadé d’être une planète. L’autrice incorpore un peu d’humour dans le récit au début, puis peu à peu celui-ci se fait plus angoissant avec un jeu entre folie et réalité.

Infinités : un vieux professeur de Mathématiques est fasciné par les chiffres et les infinis. Il va peu à peu se rendre compte des combats liés à la religion dans son pays entre les musulmans et les hindous. Une belle réflexion sur les religions et les différences, avec un texte difficile par moments et assez sombre.

Soif : Juste avant le festival des serpents, Susheela, une jeune mère, ressent comme tous les membres de sa famille un appel irrésistible vers l’eau. Un texte fantastique et angoissant où l’eau est utilisée comme élément oppressif.

Les Lois de la Conservation : retour à la SF avec une histoire se déroulant sur la Lune. On suit un petit groupe discutant autour du thé lors de rendez vous réguliers. L’un deux va raconter une expérience qu’il a vécu sur Mars en lien avec les univers-miroirs. Une nouvelle sympathique avec une chute réussie.

Trois contes de la Rivière du Ciel. Mythes de l’ère des astronautes : trois contes sous la forme d’une mythologie futuriste avec différents peuples et planètes. Rien de transcendant même si la forme est sympathique.

Le Tétraèdre : la nouvelle que j’ai le plus apprécié du recueil et qui m’a fait pensé à Les Chronolithes de Robert Charles Wilson pour son sujet. Un mystérieux tétraèdre haut de deux étages débarque en plein Delhi. Il va bouleverser la population et la vie de Maya, jeune femme étudiante et en plein doute face à un futur mariage avec un mari hautain. Elle va être peu à peu obsédée par le tétraèdre. Un beau texte abordant plein de thématiques telles que la famille, la position sociale et qui joue avec notre perception des choses.

L’Épouse : Padma est une indienne exilée aux USA pour y avoir suivi son mari. Malheureusement, les choses ont mal tourné entre eux et ils se séparent après une vingtaine d’années de vie commune. L’autrice parle du choc des cultures et du fait d’être déracinée. Un texte peu marquant.

La Chambre sur le Toit : la famille d’Urmila loue une chambre sur le toit à Aparna, une sculptrice très douée. L’histoire se déroule pendant la mousson, ce qui donne une ambiance particulière au texte. On y parle de vengeance et d’indépendance. Pas le meilleur du recueil.

Le livre se conclut par un essai intitulé Un Manifeste Spéculatif où l’autrice parle de sa passion pour l’Imaginaire. C’est intéressant bien que un peu court.

Infinités est ainsi un recueil dépaysant porté par la plume très évocatrice de Vandana Singh. Les textes oscillent entre science-fiction et fantastique, et parlent de la place de la femme dans l’Inde contemporaine. Un beau recueil qui fait découvrir ce pays lointain de manière originale.

Autres avis: Lune,  Soleil Vert, Nébal, BlackWolf, Lorhkan, Lhisbei, Xapur, Cédric, Gromovar, Vert, Cornwall, Julien (naufragés volontaires), Apophis,

Autrice: Vandana Singh

Traduction: Jean-Daniel Brèque

Édition: Denoël Lunes d’encre

Parution: 19-05-2016

Dans ce recueil de dix nouvelles et un essai se déploie la sensibilité à part d’une auteure de science-fiction spéculative qui n’a de cesse de remettre l’Homme au centre du récit. On y observe un professeur de mathématiques qui aimerait comprendre les tensions interreligieuses qui déchirent son pays, un étrange tétraèdre subitement apparu dans les rues de New Delhi, une femme convaincue d’être une planète. Avec ces textes poétiques, humanistes et parfois mélancoliques, Vandana Singh s’impose comme la digne héritière de Ray Bradbury et Theodore Sturgeon

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