Les bras de Morphée de Yann Bécu

J’étais passée à côté de cette sortie lors de sa parution en grand format chez Les éditions de L’Homme Sans Nom en mars 2019. C’est maintenant réparé grâce à sa sortie en poche chez Pocket Imaginaire. Les bras de Morphée est le premier roman de l’auteur Yann Bécu. En partant d’une idée assez simple d’un monde où l’on dort 20 heures par jour, le roman est un condensé d’humour dans un univers dystopique.

Dans les années 2050, un étrange virus baptisé Morphéus a frappé le monde, poussant les gens à dormir de plus en plus sans qu’ils ne puissent rien y faire. Le café ou autre excitant n’a aucun effet et quand c’est l’heure de dormir, on dort n’importe où on se trouve ou quoi que l’on fasse. Ainsi chaque personne s’endort et se réveille à une heure donnée, qui peut être différente selon les personnes. La majorité des gens dorment environ 20 heures par jour, et n’ont donc que 4 heures de veille. Et 4 heures, ça passe vite! Mener une vie décente en si peu de temps relève du sport, il faut aller vite pour tout. On lit des résumés de livres par exemple, on va à l’essentiel pour tout, le langage a évolué aussi.

Certaines personnes ont la chance d’être des exceptions, et d’avoir des temps de veille plus important que la moyenne des 4 heures. C’est le cas de Pascal Frimousse, prof de français dans un lycée à Prague, qui a la chance de dormir seulement 12 heures, ce qui lui laisse beaucoup de temps à utiliser. Certaines personnes profitent donc de ses capacités pour l’engager contre rémunérations pour des missions un peu spéciales, des petites vengeances, ou autres. Mais un de ses contrats risque de changer la donne.

L’idée de départ du roman est excellente, elle prend en compte un des phénomènes de notre époque où le temps c’est de l’argent et le pousse à l’extrême. Yann Bécu a adapté son univers en fonction de Morphéus. Les cours des élèves sont condensés en un jour, on y apprend l’essentiel, rapidement, la visio est monnaie courante pour quasiment tout. Les interactions sociales vont à l’essentiel, la justice s’est aussi adaptée et on peut être arrêté et jugé en 2 temps 3 mouvements.

Le tout est saupoudré de beaucoup d’humour et d’érudition pour faire ressortir l’absurde de beaucoup de situations. On sent sous-jacent une critique de certains éléments de notre société surtout au travers des articles en annexes du roman (à lire absolument) et dans tout ce qui a trait à l’éducation dans le roman. Le sommeil massif a entrainé la coupure d’Internet et la perte d’une grande partie de la culture. Les situations cocasses décrites font rire mais aussi réfléchir en faisant écho avec pas mal d’éléments actuels.

Le seul petit souci du livre est qu’il est conçu comme une succession de scènes humoristiques et que l’intrigue en elle même est vraiment secondaire. On a pas vraiment une impression de roman uniforme, l’histoire a tendance à partir dans plusieurs directions sans qu’on voit vraiment où cela nous mène. Néanmoins, cela ne dérange pas trop et on se laisse vite prendre par la lecture et l’humour.

Les Bras de Morphée s’est ainsi révélée une belle surprise qui part d’une idée excellente. C’est une vraie lecture plaisir qu’on lit en souriant voire riant parfois mais qui contient quelques réflexions très pertinentes sur nos sociétés actuelles.

Autres avis: Yuyine, la bulle d’Eleyna, Les fantasy d’Amanda, Gromovar,

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En grand format

En poche

En numérique

Auteur: Yann Bécu

Éditeur: Pocket / L’homme sans nom

Date de parution: 20/05/21 – 28/03/2019

Et vous ? Que feriez-vous de votre temps si vous dormiez 20h par jour ? Voici un futur proche où l’on veille en moyenne quatre heures par jour à cause d’un étrange virus. En amour, à l’école, au travail, la routine a forcément l’allure d’un sprint : faire vite, faire court, ne pas trop ramener sa fraise… Trois lois sacrées que Pascal Frimousse, ex professeur de français, profane au quotidien.  Avec ses 12 heures de veille, il est une perle rare. Mais à dormir si peu quand le reste de Prague sommeille, on s’ennuie ferme. Alors, pour passer le temps, quoi de mieux que de voler celui des autres, devenu leur bien le plus précieux ? L’essence même du trollage, en somme…

Cette chronique fait partie du challenge estival S4F3

7 commentaires

  1. Je n’ai pas lu celui-ci, mais je suis en train de lire le suivant (L’effet coccinelle) et je retrouve pas mal de tes remarques. Même si je trouve que cette fois-ci l’intrigue principale est plus structurée.
    Merci pour cette chronique qui me donne envie de tester ce premier ouvrage.

    Aimé par 1 personne

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