The Thing de Jonh Carpenter: en Antarctique personne ne vous entendra crier!

Après avoir lu le court roman de John W.Campbell, La chose, j’ai eu envie de revoir le film culte de John Carpenter, même si je l’ai déjà vu pas mal de fois, dont la première assez jeune. Le film est toujours aussi impressionnant malgré les années qui passent. The thing est sorti en 1982 au cinéma avec John Carpenter derrière la caméra, Bill Lancaster pour le scénario tiré du roman, Ennio Morricone pour la musique, Rob Bottin, comme responsable des effets spéciaux. et Kurt Russell dans le rôle principal, celui du pilote d’hélicoptère R.J. MacReady. Le film n’a pas eu un grand succès à sa sortie et a été rejeté à la fois par les critiques et par le public mais est depuis devenu culte et un classique de science-fiction horrifique.

La genèse du film

Le roman de John W.Campbell avait l’objet d’une première adaptation cinématographique en 1951 par Christian Nyby et Howard Hawks sous le titre La Chose D’Un Autre Monde (The Thing from Another World). Dans ce film, l’aspect métamorphe de la créature était gommé, sans doute beaucoup trop difficile à rendre par les effets spéciaux de l’époque. Au milieu des années 1970, les producteurs David Foster et Lawrence Turman soumettent le projet d’une nouvelle adaptation du roman en la souhaitant beaucoup plus fidèle. Stuart Cohen qui fait également partie du projet souhaite que le film soit réalisé par John Carpenter. Pourtant, le studio Universal refuse car Carpenter a seulement 2 films à son actif à ce moment là (Dark Star et Assaut). D’autres réalisateurs sont approchés dont Tobe Hooper et John Landis.

Tout cela n’aboutit à rien et le projet est un peu oublié jusqu’en 1979 et la sortie couronnée de succès du film Alien. En 1978, Halloween : La Nuit des masques rencontre un succès public et critique et Universal contacte Carpenter pour le projet de film autour du roman de John W.Campbell. Carpenter, qui a également réalisé depuis deux autres films (Fog et New York 1997) est assez réticent au début car il aime beaucoup le premier film de 1951. Après la lecture du roman, il va changer d’avis mais refuse de signer le scénario. Là encore plusieurs personnes ont été approchées pour signer le scénario dont Richard Matheson. C’est finalement Bill Lancaster qui est choisi, notamment pour sa volonté de rester fidèle à l’œuvre d’origine. Le scénario subira plusieurs modifications, essentiellement au niveau de sa fin pour laquelle Carpenter voulait une certaine ambiguïté sur la situation des personnages.

Pas mal de problèmes de budget sont venus entacher le film, bien que le budget alloué au départ par Universal pour les effets de la créature ait été important pour l’époque et pour ce genre de film. Cependant, le coût des décors vient s’ajouter à celui pour la création des créatures. Le producteur associé Larry Franco est chargé de réduire le budget du film, il réduit la durée de tournage, supprime des scènes et des décors extérieurs. Néanmoins, le budget du film restera élevé, trop aux goûts du studio.

Le tournage débute en juin 1981 et le rôle de MacReady n’est pas encore attribué. Plusieurs acteurs sont pressentis dont Christopher Walken, Jeff Bridges ou encore Nick Nolte. Kurt Russell a aidé Carpenter à travailler sur le film avant le tournage sans toutefois penser au rôle. Puis Carpenter lui propose, ils se connaissent bien, ont déjà travaillé ensemble. Le salaire de l’acteur plus connu que les autres viendra s’ajouter au budget. Le tournage a eu lieu à plusieurs endroits: Stewart en Colombie-Britannique, les studios de Los Angeles qui ont été réfrigérés pour l’occasion, le tournage ayant lieu en plein été avec 38 degrés dehors, et Juneau en Alaska pour les scènes extérieures sensées de dérouler en Antarctique.

Un classique de la SF horrifique

Le livre de John W.Campbell est devenu un classique de la SF horrifique et il en fut de même pour cette adaptation de John Carpenter, même si ce fut beaucoup plus chaotique pour le film. L’adaptation se voulait fidèle au roman, ce qui est vraiment le cas. Le début est un peu différent cependant. Tout commence par l’arrivée d’un chien de traîneau poursuivi par un hélicoptère près d’une station de recherche américaine en Antarctique. Les deux hommes de l’hélicoptère tentent en vain de tuer le chien mais finissent par accidentellement périr en faisant exploser l’appareil. Après avoir recueilli le chien, R. J. MacReady, pilote d’hélicoptère, et le docteur Copper, décident d’aller au camp norvégien pour comprendre ce qu’il s’est produit. Ils ne trouvent que ruines calcinées et désolations. Ils récupèrent des documents et les restes brûlés d’un cadavre humanoïde à deux faces, ce qui va les aider à comprendre ce qui s’est produit dans la base norvégienne d’où s’est échappé le chien de traineau. Ils découvrent ainsi le vaisseau spatial et la véritable nature de la chose qui s’est cachée à l’intérieur du chien. Ils comprennent alors le danger qui menace l’humanité, du fait de la capacité d’assimilation de la chose qui peut se cacher à l’intérieur de n’importe qui.

Carpenter était un fan du premier film La Chose D’Un Autre Monde. Le titre lors de son apparition reprend à l’identique la typographie du film original et l’apparition par une lumière qui vient crever l’écran. Pourtant, l’horreur que choisit de développer Carpenter est bien différente du film de 1951. L’horreur pour lui vient de l’intérieur, de ce qui se cache en chacun, même s’il s’agit d’une créature extraterrestre. La capacité de caméléon de la créature avait été complètement évincée du film réalisé en 1951, dans lequel la chose était un extraterrestre de nature végétale. Carpenter va rétablir la capacité de métamorphe de la chose et choisit de l’exploiter à son maximum pour mieux déboussoler les spectateurs. Pour arriver à rendre cette capacité crédible à l’écran, Carpenter va s’appuyer sur le formidable travail réalisé par Rob Bottin. Carpenter ne voulait pas d’un homme en costume pour sa créature et le moins que l’on puisse dire c’est que Rob Bottin l’a plus qu’exaucé. Une des grandes réussites du film est cette créature protéiforme, gardant différents attributs des créatures qu’elle a assimilé par le passé et les mêlant de manière horrible. La scène d’apparition de la créature dans le chenil est prodigieuse, montrant toute l’horreur dont la chose est capable suscitant le dégout, la révulsion et la terreur. Les effets spéciaux du film sont une grande réussite et font toujours leurs effets malgré les 38 ans du film. Le travail fait sur certaines scènes est vraiment hallucinant (la scène du massage cardiaque de Norris à l’aide d’un défibrillateur par exemple). Le fait que la créature soit en animatronique lui donne un caractère vivant et véritablement monstrueux.

Les effets spéciaux sont complètement au service du scénario et permettent de montrer que les humains n’ont qu’une utilité pour la créature: ils ne sont que de la chair à façonner et refaçonner selon les besoins. L’humain perd ici sa caractéristique d’espèce dominante de la planète. Il est remplacé par un être qui nous remodèle, qui prend notre place. L’horreur des corps mutilés sert à prouver que la prétendue perfection du corps humain n’existe pas, la chose transforme les corps, les utilise, les distord et nous montre ainsi qu’elle est le maitre. Cette entité se moque des humains, elle utilise leurs corps comme outil de survie ultime, et cela en fait toute sa supériorité. En montrant la chose de cette manière, Carpenter rejoint une des thématiques dominantes de Lovecraft : l’insignifiance de l’être humain par rapport aux monstruosités venues du cosmos. Le film est marqué par la même conception de l’horreur que l’on retrouve dans les textes de Lovecraft. Cela se retrouve également dans 2 autres films de John Carpenter: Prince des Ténèbres et L’Antre de la Folie. D’ailleurs, The Thing, Prince des Ténèbres et L’Antre de la Folie constituent la trilogie de l’apocalypse selon leur réalisateur qui en parlait ainsi :

« Il y a une sorte de noire inévitabilité à ce film. Au début, on voit un hélicoptère qui pourchasse un chien et déjà ça apparaît comme la fin du monde. Et c’est ce que c’est. C’est un film apocalyptique. C’est le premier de trois films auxquels j’ai travaillé qui ont un thème apocalyptique. C’est la fin du monde. Ça ne vient pas de bombes. Ça vient de l’intérieur. C’est un film qui tient le ton du début à la fin… et fondamentalement, c’est : il n’y a rien à faire parce que ça arrive. »

La nature même de la créature dans le film, protéiforme et indéfinissable rappelle les entités indicibles que l’on rencontre chez l’écrivain de Providence. Bien entendu, on peut faire le rapprochement entre Les montagnes hallucinées et La Chose, les deux romans ont été écrits quasiment au même moment et partagent un certain nombre de points communs. Le film de Carpenter est clairement une adaptation du roman de Campbell mais il puise sa conception de l’horreur et de l’insignifiance de l’être humain du côté de Lovecraft.

La paranoïa au cœur du film

Néanmoins, Carpenter a rajouté une dimension indéniable à son film qui rajoute un cran dans la terreur: la paranoïa et la méfiance qui sont les thématiques centrales du film. Le réalisateur, en lisant le livre de Campbell, l’a comparé au roman d’Agatha Christie, Ils étaient dix. On y retrouve aussi ce sentiment de méfiance envers les autres présent tout du long et le fait que la mort se cache parmi l’un des protagonistes. Dans The Thing, les personnages ne sont plus que 12 alors que dans le roman de Campbell, ils étaient beaucoup plus nombreux, renforçant ainsi cette comparaison au roman d’Agatha Christie. Le film pourrait d’ailleurs être rebaptisé « Ils étaient 12 choses » ou « les 12 petites choses ».

La paranoïa vient du fait que la chose peut se cacher dans n’importe qui, du fait que quelqu’un ne soit pas ce qu’il dit être ou qu’un ami soit en réalité un ennemi. On ne peut faire confiance à personne. Le film montre la perte de confiance, la peur de la trahison par des proches mais également par soi-même, son propre corps contaminé par la créature. Le film explore la perte de confiance au sein d’une petite communauté retranchée loin de tout. Ces thématiques sont toujours d’actualité, peut être même encore plus qu’à l’époque du film. Le fait que la chose puisse être n’importe lequel des personnage est un excellent ressort narratif qui culmine dans la meilleure scène du film: celle du test sanguin. Une scène où le suspense est à son comble, tout le monde se méfiant de tout le monde, MacReady ayant trouvé une solution pour découvrir qui est infecté par la chose, mais au bout du compte, cela ne sert véritablement à rien, l’entité étant si intrusive et implacable qu’elle a toujours le dessus. Le savoir et l’intelligence de l’homme ne lui apporte pas vraiment de solutions. Comprendre comment fonctionne cette entité ne leur apporte pas vraiment de solutions pour en venir à bout ou la détruire, la créature ne périssant pas par le froid ni par le feu. Cela augmente encore cette perte de confiance puisqu’il n’y a aucune échappatoire.

Cette paranoïa est renforcée visuellement par le casting impeccable du film et par la réalisation parfaite de Carpenter. Il installe une atmosphère angoissante tout au long du film, maitrisant parfaitement le suspense. On retrouve aussi beaucoup de plans utilisant l’espace négatif dans le film augmentant l’impression qu’un monstre peut surgir n’importe quand et n’importe où. On peut également noter la présence d’une lueur dans les yeux des personnages humains qui est absente dans les copies. De petits détails visuels sont ainsi présents pour essayer de comprendre qui est contaminé ou non.

Spoiler, ne pas lire si vous n’avez pas vu le film :La fin du film est pleinement dans la thématique de la paranoïa et ajoute au côté nihiliste du film, révélant l’épuisement physique et moral de MacReady. Il existe d’ailleurs 2 autres fins alternatives au film, elles avaient été tournées par Carpenter après une projection test : une avec MacReady seul sans Childs, une où MacReady est sauvé par des secours et testé négatif à la présence de la chose. On ne peut que se réjouir que le réalisateur leur ait préféré la fin avec MacReady et Childs, elle cadre parfaitement avec le reste du film.

La postérité du film

Le film a été un échec à sa parution, il a eu le malheur de sortir 2 semaines après E.T. de Spielberg qui est l’antithèse parfaite de The Thing. Carpenter estime en 1985 que le public n’était pas prêt pour le film:

« Je ne pensais pas du tout qu’il allait être reçu de cette façon […]. The Thing était trop fort pour son époque. Je savais qu’il était fort, mais je ne pensais pas qu’il était trop fort […]. Je n’ai pas pris les goûts du public en considération ».

La suite de la réception du film lui donnera raison. Après la parution en vidéo, le film sera complétement réévalué à la fois par le public et par les critiques. Ainsi The Thing est devenu une référence pour de nombreux futurs réalisateurs comme pour le public. Il est depuis considéré comme l’un sinon le meilleur film de Carpenter, au point de figurer parmi la liste des 500 Meilleurs Films de tous les temps du magazine Empire.

Le film est devenu culte pour beaucoup et a eu un fort impact sur la culture populaire. On trouve des références au film dans des séries comme X-Files ( avec l’épisode 8 de la saison 1 Projet Arctique qui se déroule dans une base scientifique en Alaska, où une équipe de scientifiques s’est entretuée dans des circonstances mystérieuses) ou Stranger Things, dans des films comme The Faculty ou Les huit salopards de Tarantino avec d’ailleurs Kurt Russell, mais aussi dans les jeux vidéos. De nombreux cinéastes ont dit avoir été influencé par le film et l’admiré le citant comme influence majeure dans leur œuvre. L’écrivain Peter Watts a écrit également une nouvelle intitulée The Things en hommage au film, texte écrit du point de vue de la Chose. Une novélisation du film a même été publiée par Alan Dean Foster en 1982. Il y a même eu un jeu de société, The Thing: Infection at Outpost 31, pau en 2017 où les joueurs incarnent les personnages du film ou la Chose. Des comics The Thing from Another World de Chuck Pfarrer mettent en scène ce qui arrive à MacReady 24 heures après les événements du film. The Thing est également un jeu vidéo paru en 2002 où une équipe de soldats américains enquête sur les événements du film et leurs conséquences. Un projet de mini série a été envisagé mais Universal lui a préféré un long métrage intitulé lui aussi The Thing et réalisé en 2011 par Matthijs van Heijningen Jr. Le film est un préquel s’attachant à raconter ce qui est arrivé sur la base norvégienne avant l’histoire du film de Carpenter. Un nouveau projet de film est en cours incluant des éléments de La Chose d’un autre monde, de The Thing, ainsi que du roman de Campbell et de sa version étendue Frozen Hell.

The Thing est ainsi une incontestable réussite, un film angoissant à souhait sur le thème du huis clos. En confrontant ses personnages à l’horreur et à l’indicible, le film utilise le surnaturel pour montrer la faiblesse et l’insignifiance de l’être humain. Cet aspect très sombre et nihiliste fit que le film fut mal jugé lors de sa sortie. Plusieurs choses font pourtant de ce film un chef-d’œuvre: sa réalisation impeccable, ses acteurs avec Kurt Russell en tête, les effets spéciaux de Rob Bottin avec la conception de la créature, sa conception de l’horreur et ses thématiques intemporelles.

Autres avis: Le chien critique,

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